« Célébration de la beauté »(Roland de Miller). Le livre qui me conforte dans mon envie de tenir ce blog et de persévérer dans ma quête de beauté…

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Petit matin

Depuis le jour où j’ai créé ce blog, j’ai eu envie de mettre en avant l’importance de la beauté et de l’émerveillement dans nos vies quotidiennes. Mes articles sont essentiellement consacrés à la beauté (dans l’art, dans la nature…), et à l’importance d’entretenir nos facultés d’émerveillement.

Sans trop m’en expliquer les raisons, depuis mon plus jeune âge, j’ai expérimenté le fait que nos capacités d’émerveillement étaient un vecteur essentiel de notre bien-être et de notre joie de vivre…

La lecture de ce livre m’a permis de comprendre de manière concrète le mécanisme qui opère en nous lorsque nous entretenons cette faculté d’émerveillement devant la beauté. Et il m’a conforté dans cet instinct que j’ai, depuis toujours, de la chercher et de m’en nourrir chaque jour.

Pour Roland de Miller, l’auteur de ce livre, la civilisation occidentale, complètement droguée par le mythe de la croissance économique et démographique, court tout droit à son effondrement. L’auteur n’est pas tendre dans ses réflexions sur l’humanité en général, sur la surconsommation, sur l’univers de l’argent et du profit, sur la sacralisation de la technologie, et notamment sur la mentalité des français:  » Ce qui est effarant, ce ne sont pas tant les catastrophes en elles-mêmes que l’aveuglement avec lequel on continue à les répéter par un système suicidaire et intouchable: c’est l’idéologie de la croissance… et de la crétinisation des masses. […] Notre pays est extraordinairement beau et varié mais les français ne s’en montrent pas dignes. Le français, technophile et automobiliste acharné, gros consommateur de pesticides et de médicaments, bouliste, téléspectateur, grégaire mais individualiste, chauvin, souvent fumeur et chasseur, friand de polémique politicienne et de matchs de football mais ignorant en matière de nature, d’écologie et d’art, est un fossoyeur de la Beauté, même s’il ne le veut pas consciemment » (Oui, je vous l’ai dit: il y a des vérités qui sont difficiles à entendre!…). Il ajoute: « Dans quelques décennies, les pays d’Europe n’auront plus qu’un seul visage uniforme à offrir. C’est consternant. On appelle ça la mondialisation. ça me donne la chair de poule! Car ce qui fait la beauté de notre planète, c’est sa diversité, et non son uniformité. Perdre ses racines, sa culture, ses paysages naturels, son folklore, c’est perdre son identité ».[…] Pour des milliards de citadins à travers le monde, le cadre de vie urbain est donc devenu de plus en plus absurde et invivable. »[…] « Il y a des millions d’âmes dans notre monde qui ne peuvent supporter le silence; il leur faut constamment être baignées de bruit et d’agitation. Quel sentiment de la nature peut-il y avoir chez des individus dont les oreilles sont en permanence trépanées par le rugissement des motos, le hurlement des sirènes de police, et des musiques agressives? Cette agitation frénétique est le reflet de la profonde aliénation psychique et spirituelle qui rend nos contemporains incapables de sérénité et d’élan sincère vers la beauté.[…] Désormais, les compétitions sportives, la musique techno, la bagnole, Internet, la politique-spectacle et les milles frivolités de la consommation ostentatoire ont un attrait bien plus fort auprès du grand public que tout ce qu’on pourra dire sur l’Art, la Nature ou la culture. »

L’auteur est plutôt alarmiste: « Nous allons à la catastrophe, nous le savons depuis longtemps mais nous y allons quand même ». Il va très loin dans ses propos (parfois même un peu trop, à la limite de théories complotistes auxquelles je n’adhère pas personnellement). Mais nombreuses de ses affirmations sont tout de même pertinentes, et difficiles à contester, même si elles peuvent déplaire. Et surtout, son propos essentiel sur l’importance capitale de la beauté pour la survie de l’humanité et la manière dont tout cela s’opère en nous, est franchement passionnante. Il constate avec inquiétude que, dans tous les domaines, le sens et la présence de la beauté sont en passe de s’étioler, et déserte nos vies quotidiennes de citadins pressés.

Roland de Miller est ainsi devenu un des précurseurs de ce qu’on appelle « l’écologie profonde », c’est-à-dire la réflexion sur les liens entre l’écologie et la spiritualité. Et j’aime cette phrase dont la lecture a eu un écho tout particulier en moi, sans doute parce qu’elle correspond pleinement à mon ressenti actuel:

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« J’ai le sentiment océanique et puissant que dans la valeur suprême de la Beauté, sous ses formes multiples, viennent converger toutes les motivations de mon existence. Tous mes écrits antérieurs aboutissent maintenant à cette quête essentielle. Je sais maintenant que j’ai trouvé mon Graal: ce que j’ai de plus précieux au fond de mon cœur, c’est l’adoration mystique de la Beauté divine de la Création. »

« Toutes les conditions se sont progressivement réunies pour faire de moi un être mystique, à la fois fasciné par les beautés de la Nature et engagé dans le combat chevaleresque pour sa sauvegarde »‘.

« Je reçois les rayons du soleil en plein cœur et je n’aurai de cesse de chanter la magnificence de l’univers ».

« La nature est un talisman: j’y cherche sa vibration magique, des élans et des visions cosmiques… […] J’y cherche aussi une vie, de l’inspiration pour mes jours… » (et là encore, je me reconnais dans cette quête…)

 » Chacun a sa voie. La mienne est celle de la Beauté. Je suis un apôtre de la Beauté ».

Pour Roland de Miller, il est maintenant urgent de redonner à l’écologie ses lettres de noblesse en approfondissant ses dimensions culturelles et philosophiques. Cette approche de l’écologie me touche particulièrement…

« Pour célébrer la beauté cristalline du monde, je crois qu’il faut la porter déjà en soi-même, cultiver un sens de l’harmonie sans lequel nous traversons la vie en aveugles indifférents et bornés. Il y faut un regard de poète, d’artiste ou de créateur engagé au service de la vie et de la Terre. »

« A quoi sert la beauté? A nous rendre plus humains, plus sensibles, c’est-à-dire à élever notre conscience de la Vie et de l’Univers. Rien de moins. »

« Face à la société folle et déboussolée, la célébration de la Beauté comme antidote. C’est le plus grand défi de ma vie ».

« Face à l’actualité qui nous apporte son lot quotidien de laideur, de crimes et de catastrophes, la meilleure façon de se ressourcer et de se fortifier, c’est d’élever son âme et de contempler la beauté ».

L’écologie et l’esthétique sont intimement liées, et derrière le combat écologique, c’est bien la beauté de la Terre qui doit fonder nos vraies motivations et déterminer nos plus profondes raisons de sauvegarder la Nature.

Au niveau individuel, la beauté peut littéralement nous guider spirituellement. Mais l’auteur va encore plus loin:

 » Aujourd’hui, je suis de plus en plus convaincu que la Beauté est une de ces valeurs maîtresses qui peut, au niveau individuel, nous guider spirituellement, et au niveau collectif, enrayer l’effondrement culturel sous le coup de la mondialisation économique. » A propos de l’effondrement culturel, Roland de Miller fait ce constat: « Les gens lisent de moins en moins et c’est dramatique. La culture ne passe pas forcément par le livre mais avec l’abandon de la lecture, disparaissent aussi des qualités intellectuelles essentielles comme la structuration du langage, la diversité du vocabulaire, la concentration mentale, l’imaginaire, la réflexion personnelle, la mémoire collective, la liberté d’opinion, la créativité artistique, le sens de la beauté et du patrimoine ».

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« La beauté ne se perçoit pas du premier coup d’œil. Il y a une éducation des sens. Entraîner, éduquer, affiner ses sens nous permet de garder ou retrouver l’esprit de finesse. Enrichi par le goût de la découverte, de l’aventure et de la méditation solitaire, le sens de la beauté est donc assez personnel. »

« Dans les grandes villes, avec l’explosion des modes, des manières de vivre et des gadgets, est-ce que demain la notion de beauté aura encore un sens? C’est le despotisme de l’insignifiance. Les gens ne s’intéressent plus qu’à eux-mêmes : la maladie mortelle de notre époque c’est le narcissisme.[…] La Beauté qui leur est éventuellement proposée de temps à autre est celle du futile, du clinquant, du prédigéré, du luxe voyant et provocateur, des modes passagères… Cette beauté superficielle, décorative, plus ou moins artificielle, est l’expression de l’ignorance, de la pauvreté intellectuelle et morale » (je vous avais prévenu: certains arguments sont un peu durs à entendre dans ce livre, mais qui peut dire qu’ils sont faux? Ces réflexions me font penser à cette mode des selfies et des réseaux sociaux sur lesquels les gens aiment poster le moindre de leurs faits et gestes, même les plus anodins, comme si leur petite personne était la chose la plus intéressante du monde!))

Le livre est un sacré pavé (600 pages! Quand même!…). Il faut être motivé ( je l’étais!). Mais il est vraiment passionnant. Roland de Miller y fait un usage important de citations, nous faisant découvrir au passage de nombreuses personnalités remarquables (écologistes, artistes, écrivains, philosophes…). Et rien que la bibliographie, à la fin de l’ouvrage, fait 35 pages à elle toute seule!… C’est une mine d’or pour découvrir de nombreux autres livres sur le sujet de la Beauté, de la Nature, de l’art, de l’écologie. Une longue liste de trésors…

Quelques citations du livre:

Nicolas Hulot: « Souvent nous regardons sans voir, nous nous contentons du spectaculaire. Il faut probablement un long parcours initiatique, semé de grands chocs émotionnels, de rencontres bouleversantes qui petit à petit exercent la réceptivité, libèrent la sensibilité, pour enfin accéder à la vue. Les choses insignifiantes deviennent alors remarquables et soudain tout vous parle. »

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Claire Fabre: « Qui n’a jamais fait dans sa vie l’expérience d’être bouleversé par la beauté d’un paysage, d’un chant d’oiseau, d’une œuvre d’art, ou même d’un geste ou d’un regard? Ces moments fugitifs font oublier toute pesanteur, tout souci, toute barrière culturelle, jusqu’à la notion du temps. C’est l’être qui affleure alors, dans un moment de plénitude où l’homme se trouve à la fois unifié en lui-même et relié au monde. »

Ralph Waldo Emerson: » La Nature sert un des plus nobles besoins de l’homme, à savoir le besoin de beauté. Le monde existe donc pour l’âme dans le but de satisfaire le désir de beauté. J’appelle cela une fin ultime. On ne peut demander ni donner la raison pour laquelle l’âme recherche la beauté. La beauté, en son sens le plus large et le plus profond est une expression de l’univers ».

Dostoïevski: « La beauté sauvera le monde »

John Keats: « La beauté est vérité, la vérité est beauté, voilà tout ce que vous devez savoir, et tout ce qu’il faut savoir ».

Bertrand Vergely:  » L’émerveillement est un art de vivre. Mieux, une condition vitale. Une réponse à un monde désenchanté. Nous pouvons quelque chose face à la tristesse et à la violence du monde. Cela commence par une attitude intérieure, une façon de penser. S’émerveiller, c’est se réveiller. Ce qui nous fait mourir, ce n’est pas la mort, c’est de ne pas vivre. Il n’y a pas d’autre tragique. »

Rachel Carson: « Le monde de l’enfant est pur, neuf et beau, plein de merveilles et d’émotions. C’est notre malheur à la plupart d’entre nous que cette vision clairvoyante et limpide, cet élan instinctif pour ce qui est beau et impressionnant, soient obscurcis et même perdus avant d’atteindre l’âge adulte. Si j’avais une influence sur la bonne fée qui est supposée présider au baptême de tous les enfants, je lui demanderais que son don à chacun soit un sens de l’émerveillement si indestructible qu’il puisse durer toute une vie, comme un antidote infaillible contre l’ennui et le désenchantement ultérieurs, la préoccupation stérile pour des choses artificielles… »

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« Célébration de la Beauté » Ecologie profonde: la femme, la nature, l’art et la spiritualité. de Roland de Miller aux éditions Sang de la Terre.

« Lettres à un jeune auteur ». de Colum Mc Cann chez Belfond.

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Si vous aimez écrire, il est fort probable que vous connaissiez déjà le livre de Rainer Maria Rilke: « lettres à un jeune poète ». Sur le même principe, Colum Mc Cann propose dans son livre ses propres conseils personnels à destination des amoureux d’écriture.

Différent du livre de Rainer Maria Rilke dans son style, plus moderne et plus adapté, peut-être, aux pratiques littéraires actuelles (même si le livre de Rainer Maria Rilke reste toujours un incontournable pour les aspirants écrivains).

Quelques extraits choisis pour vous:

-La panne d’inspiration est une excuse bien trop facile. Tu dois t’asseoir et repousser le vide. Reste à ton bureau. Ne quitte pas la pièce. Ne te laisse divertir d’aucune manière avant d’avoir le sentiment d’avoir vraiment essayé, de t’être vraiment battu. Tu dois y consacrer le temps nécessaire. Si tu n’es pas là, les mots ne viendront pas. C’est aussi simple que cela.[…] L’écrivain est celui qui pose son cul sur la chaise, même s’il a envie de tout sauf ça.

-« Où allez-vous chercher vos idées? » Vous savez quoi? La plupart du temps, les écrivains l’ignorent. Elles sont là, c’est tout. […] Les écrivains s’adressent à leurs obsessions. L’astuce consiste à être ouvert au monde. Il faut écouter. Regarder. Guetter l’inspiration. L’idée générale provient peut-être d’un journal, d’une phrase entendue dans le métro; peut-être est-ce une histoire tapie dans le grenier familial. Elle peut découler d’une photographie, d’un autre livre.

-Aie toujours un carnet sur toi. Trouves-en un qui soit assez souple et assez petit pour tenir dans ta poche. Assez fin pour ne pas t’encombrer. Griffonne dans ses pages à toute occasion. Images, idées, bribes de dialogues, recueillies dans la rue, descriptions- tout ce qui est susceptible, à terme, de se glisser dans une phrase.De simples étincelles, glanées ici ou là…

-Tes personnages doivent être difficiles, compliqués, imparfaits. Ce sont des sacs de nœuds, d’os et de chair, qui vous brisent le cœur.[…] Ce que tu dois faire, c’est créer quelqu’un de réel. Tu dois être capable, en fermant les yeux, d’habiter le corps de ton personnage. le son de sa voix. Le rythme de ses pas. Promène-toi un moment avec elle. Installe-la dans le bazar de ta mémoire.

-L’intrigue compte, bien évidemment, mais elle n’est pas essentielle. Elle sera toujours soumise à ta langue. Ce qui arrive n’est jamais aussi intéressant que la manière dont c’est raconté. N’importe qui peut raconter une grande histoire, mais tout le monde ne chuchotera pas à ton oreille un souffle de beauté.

-Les recherches sont le soubassement de presque tout bon travail d’écriture, poésie comprise. Nous devons être capables de nous projeter dans des vies, des périodes, des géographies éloignées de nous. Cela nécessite des recherches approfondies. Va à la bibliothèque. Google est utile, mais le monde est bien plus vaste que cela.[…] Ouvre les casiers pleins de photographies. Apprend à écouter. […] Concentre-toi sur le petit détail qui révèle tout un monde.

-La prose doit être aussi bien rédigée que la poésie. Cheville des mots que personne n’a encore jamais assemblés. C’est ainsi que l’on obtient un style unique. Il t’arrivera peut-être de passer des semaines sur une seule phrase. Voire des mois. Sans rire.

-Un jeune auteur doit lire. Lire, lire et lire. Comme un aventurier, sans discrimination. […] Tu lis pour t’embraser le cœur. Un bon bouquin fera basculer ton univers. Bouleversera ta façon d’écrire. Nous apprenons à faire en imitant, en résonnant… Si tu ne lis pas, tu ne nourriras jamais ta propre écriture.

-N’oublie jamais qu’écrire, c’est distraire. Oui, ton devoir est de dépeindre le monde, mais aussi de lui apporter un peu de brillance. Mets de la couleur. les meilleurs livres nous gardent éveillés, nous interpellent et nous rendent heureux d’être vivants-aussi bref cela soit-il.

-Fais une pause, une fois de temps à autre. Pars en vacances. Oublie tout, sauf ton carnet. Apprends à retrouver le plaisir d’écrire.

« Lettre à un jeune auteur » est un livre très riche et drôle, « vitaminé », je dirais même!… qui donne envie de s’y remettre! J’y ai puisé beaucoup de conseils enrichissants et extrêmement motivants. Je vous en conseille la lecture si vous aimez écrire. Et si le sujet vous intéresse,prenez une minute pour visionner  cet extrait de La grande librairie consacrée à ce livre.

Citations du jour: extraits du livre « La vie en bleu » de Martin Steffens.

-« Viennent à nous mille choses qu’on ne peut esquiver[…], il faut faire à partir de là et s’en sortir par le haut. Ce qu’il faut, c’est être heureux « à partir  » de la vie, à partir de ce qu’elle est, tantôt banale, tantôt terrifiante, souvent joyeuse… Mais jamais confortable. Il faut partir du donné, si contrariant soit-il, mais faire à partir de ce point d’arrêt imprévu, un point de départ. Improviser sa vie, donc.C’est là toute l’histoire de notre petite vie humaine. C’est ce qui fait de tout vivant un artiste et de toute vie une œuvre. » (Quelle merveille cette phrase!)

-« Grandir en humanité, c’est échanger son cœur de pierre contre un cœur de chair, c’est-à-dire un cœur plus à même de se laisser toucher par le monde. C’est gagner en vulnérabilité ».

-« Laisser le temps au temps, c’est laisser à la vie le temps de ressurgir »…

-« Car quoi qu’on en pense d’ordinaire, il n’y a qu’un danger: s’épargner la souffrance de vivre, la souffrance propre à toute vie. Il est vrai qu’on souffre d’autant plus qu’on vit davantage, qu’on vibre davantage aux beautés de la vie. Aimer la vie, cela suppose de souffrir, de s’ouvrir, de prendre la risque de souffrir. Mais c’est là le plus beau risque qui soit. »

-« Ainsi croit-on que le plus grand bien qu’on puisse faire à l’être qu’on aime est de lui éviter toute souffrance. Or, ce serait désirer pour lui qu’il ne soit une pierre, une amibe, une fougère, enfin quelque chose qui ne sent pas, qui n’aime pas, qui ne vit pas pleinement. Car vivant, sentant, se mouvant dans l’espace risqué de cette vie humaine, l’être que nous aimons rencontrera l’épreuve, nécessairement. Et c’est précisément pour cette raison qu’il aura besoin de notre amour[…] Remettons donc les choses à l’endroit: ce n’est pas parce que nous aimons quelqu’un qu’il faut lui épargner l’épreuve; c’est parce que l’épreuve fait partie de la vie qu’il a d’autant plus besoin de notre amour ».

-« Le bonheur n’est pas au bout du chemin. Le bonheur est la marche même, la joie de vivre ce qu’on doit vivre. Être heureux, c’est, dans cette ascension qui honore notre humanité, accueillir toutes choses: les pics et les falaises, les monts et les vallées, les paysages et l’ombre des bois ».

Juste un livre que tout le monde devrait lire …*****

-« 

« Osons l’émerveillement ». Un livre de Philippe Baudassé et Emmanuel Navarro.

Ce petit livre très court est un trésor que j’ai envie de partager avec vous. Son contenu fait un bien fou, au milieu de l’actualité morose qui a tendance, ces temps-ci, à jeter un voile opaque sur notre horizon…

Déjà, j’aime le titre: « Osons l’émerveillement ». Par les temps qui courent, déclarer croire encore au pouvoir de l’émerveillement est effectivement osé! Il faut s’accrocher sérieusement pour résister à l’accumulation de nouvelles angoissantes!… Mais ce livre a le mérite de nous y aider… Un peu…

Vous savez sans doute que l’émerveillement, sous toutes ses formes, est un des fils conducteurs de mes articles. J’en ai compris l’importance et les bienfaits depuis très longtemps. Et ces derniers mois, il m’est devenu « essentiel » (mot devenu très à la mode!…) d’en rechercher toutes les occasions. La lecture de tous les livres sur le sujet de l’émerveillement m’intéresse donc tout naturellement, et me permet d’en approfondir tous les aspects. J’essaie de garder une certaine foi en ce qu’on appelle la « pensée magique » et surtout je crois aux bienfaits d’un certain regard sur la nature et sur le monde… Mais beaucoup de gens autour de moi objectent que le monde va mal, que tout est bien sombre et que mes arguments en faveur de l’émerveillement sont un peu déconnectés des réalités, voire carrément naïfs… Que la vie m’a gâtée de bien des manières et qu’il est un peu indécent de ma part de parler d’émerveillement à des personnes qui traversent des drames, des guerres et autres catastrophes naturelles… Difficile de répondre à cela, même si je sens, au fond de moi, que ce n’est pas le même sujet!.. Et c’est précisément sur ces arguments-là que ce livre m’a apporté un éclairage un peu différent!. « Osons l’émerveillement » est un petit livre court et très vite lu, mais c’est aussi un des plus enrichissants sur ce sujet.

Voici quelques extraits choisis:

« N’y a-t-il pas quelque chose d’obscène et de déplacé à vouloir inviter chacun à s’émerveiller alors que le fardeau de la vie ne permet pas toujours de savoir comment trouver le pain d’aujourd’hui, la façon d’affronter seul une maladie ou une soudaine perte d’emploi, de trouver comment faire face à un deuil cruel et inattendu? Le décalage semble considérable entre le monde réel dans lequel nous vivons et le monde magique et illusoire du merveilleux ».

« Devant les drames de l’existence-qu’ils soient personnels (maladie, deuil, séparation, perte d’emploi…) ou collectifs (catastrophes naturelles, épidémies, attentats, guerre…)- peut-on encore parler d’émerveillement? Certes, la première pensée se tourne vers l’épreuve qui se présente et ceux qui la traversent.[…] Mais beaucoup indiquent que, sans perdre de vue le drame ni banaliser l’épaisseur de la tragédie, ces instants permettent parfois de trouver aussi et de façon surprenante, un sens renouvelé de la vie. »

« Sans rien opposer,peut-être nous faut-il accepter de perdre la notion de merveilleux de l’enfance, pour trouver celle de l’âge adulte, passée au creuset des difficultés de la vie: purifiée, amplifiée, décomplexée, grandissant au même rythme que notre découverte du monde et de ses trésors ».

« Nous pensons trop vite avoir fait le tour des choses: de soi, de la vie, des autres… N’est-ce pas un peu présomptueux? ».

« L’émerveillement de l’âge adulte consiste à croire que nous avons encore à apprendre des autres, du monde, de la vie, de nous-même et de Dieu peut-être ».

« Et s’il s’agissait en fait de nous donner à nous-même la chance de voir une autre partie de l’univers, insoupçonnée jusque là, ou plutôt de voir le même monde avec un autre regard? Et si l’émerveillement n’était pas autre chose que de regarder ce monde dans son habit de fête au lieu de ne considérer que son âpre nudité? ».

« Une autre sorte de merveilleux, à portée de main et inépuisable est celui que nous offre l’univers. De l’infiniment grand à l’infiniment petit; de la plus minuscule des étoiles aux poissons phosphorescents des fonds océaniques […] Le monde ruisselle de surprises que nous n’aurons jamais fini d’admirer ».

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

« Les moments rares et intenses que nous offre cet émoi sont semblables à des étoiles filantes dont la beauté est un cadeau furtif que nous offre la vie ».

« Tout sur terre nous interpelle, nous hèle,mais si finement que nous passons mille fois sans rien voir. Nous marchons sur des joyaux sans les voir ». (citation de Christiane Singer).

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« Et puis il y a aussi l’émerveillement suscité par des « miracles » ordinaires: conjugaison au même moment de facteurs improbables, qui fait advenir l’inespéré ».

« L’émerveillement surgit dès que nous acquiesçons de toutes nos forces à ce qui est, sans pour autant que l’ego prenne toute la place. Nous pourrions alors contempler tout bonnement le paysage époustouflant qui s’offre à nous, au lieu de se servir de ce paysage comme la toile de fond de notre nouveau selfie. Tant de fois nous préférons nous mettre en scène en des lieux insolites ou en compagnie de célébrités afin de montrer combien notre vie est formidable. Mais ces clichés seront-ils le souvenir d’une authentique rencontre, ou reflèteront-ils seulement le désir un peu vain de nous mettre en avant par tous les moyens? Notre découverte de la planète aujourd’hui ne se fait trop souvent qu’au travers de nos tablettes et téléphones. Nous ne prenons plus le temps de savourer le panorama et n’assistons plus vraiment aux évènements: nous les filmons! Et dans cette virtualité qui s’instaure, notre rapport au monde change et prend une désolante distance. »

« Qu’est-ce au fond que l’émerveillement, si ce n’est être vivant? Or, être vivant est un élan amoureux. Comme l’amour, l’émerveillement se rencontre donc en toutes saisons, par tous les temps, de jour comme de nuit, dans la joie comme dans l’épreuve. Certes il est des moments plus ardus qui nous masquent l’avenir et stoppent net nos projets. Mais il restera toujours ce regard amoureux qui pose sur les personnes et les situations une lumière bienfaisante et inespérée. Avec recul et lucidité, nous ferons mémoire des meilleurs moments comme des plus éprouvants, les baignant du même amour puisque chacun d’eux nous a nourris et façonnés, d’une manière ou d’une autre ».

« L’émerveillé n’est pas quelqu’un qui cherche du sensationnel partout, mais quelqu’un qui laisse la beauté du monde et des êtres rejoindre et bousculer sa vie.[…] L’émerveillement est donc ce ravissement pouvant se déployer à tout moment, quel que soit l’âge et les circonstances de la vie: il faut savoir le sauvegarder précieusement en chaque période de l’existence ».

« Eloge de la solitude » de Véronique Aïache, aux éditions Flammarion.

Confinement: deuxième acte!…

Moins strict que le premier (avec l’ouverture des écoles)… donc vraisemblablement beaucoup moins efficace sur l’évolution de la pandémie… Cette période extrêmement perturbée risque donc de se prolonger. Alors il ne faut pas perdre courage et s’organiser pour l’affronter le mieux possible.

Les personnes seules (je m’adresse spécifiquement à vous, tout en étant consciente qu’on peut se sentir très seul même au sein d’un couple… Mais c’est un autre sujet!…), les personnes seules, donc, vont avoir à gérer à nouveau une période de solitude plus importante. Après la lecture du livre « L’esprit de solitude », de Jacqueline Kelen, sur lequel j’ai écris un article le mois dernier, je viens de lire un autre livre sur le sujet, que j’ai trouvé plutôt réconfortant. « Eloge de la solitude » de Véronique Aiache, chez Flammarion.

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.Le sujet de la solitude y est abordé sous un angle moins philosophique, mais plus « pratique » et dans un style gai et très positif. « La solitude, comprenez celle qui va et vient dans les existences, ne reflète pas forcément le désert de l’âme. Au contraire, quand elle entre dans une vie même sans y être invitée, elle peut enrichir au lieu de blesser. »Alors, nous y sommes!… Les solitaires vont sans doute être encore plus seuls que d’habitude. Ce livre vous fournira pleins d’idées pour mettre à profit ces moments de solitude.

Et « ce n’est pas un hasard si depuis tellement longtemps, tant de penseurs la chérissent et la réclament comme le salut de leur identité. Des solitaires de Port Royal aux retraites de Bouddha, des promeneurs rousseauistes aux chamans amérindiens, des philosophes de la Grèce antique aux artistes de la Renaissance, combien ont-ils été à aller puiser dans la solitude le meilleur d’eux-mêmes? De tous temps et dans toutes les cultures, combien ont choisi de s’isoler pour mieux créer, se trouver ou accéder aux savoirs? C’est en effet de cela qu’il s’agit dans l’art d’être seul: un recueillement du corps et de l’esprit, capable d’ouvrir toutes les consciences sur le monde qui nous entoure. »

« Si c’est au sein du groupe que l’individu se réalise, c’est aussi à l’extérieur du groupe qu’il parvient à s’identifier. C’est en étant seul de temps en temps qu’il trouve sa juste place parmi les autres. Trouver en soi les réponses aux questions que l’on se pose. Prendre conscience des reliefs de son identité pour mieux profiter de tous ses potentiels. Goûter aux plaisirs d’agir librement, se découvrir des forces insoupçonnées, se défaire des interdits ou encore, réussir à se réaliser sans dépendre du bon vouloir de l’autre. […]

Aussi agréable puisse-t-elle être, la compagnie-dans le sens le plus large du terme- oblige forcément à se soumettre. Ou plus exactement, elle prive au quotidien d’un tas de petits choix. A commencer par celui de vivre à son rythme, sans se soucier des impératifs des uns et des autres. Être seul permet de nous réapproprier- du moins partiellement- ce que les autres nous prennent en masse ».

Pour Véronique Aïache, la solitude:

Libère la pression : elle permet de reprendre son souffle.

Ouvre le champ des possibles : elle donne du piment à la vie en ouvrant en grand ses portes à l’inattendu et à l’improvisation.

Elle permet d’être vrai : « qui n’a jamais fait semblant au moins une fois dans sa vie? Qui n’a jamais dit quelque chose, en pensant le contraire, sourit en ayant envie de pleurer ou fait preuve d’amabilité en ravalant sa colère? Avouons-le: au nom des convenances et du savoir-vivre social, nous sommes tous tenus de composer à un moment ou à un autre, pour éviter un conflit ou tenir le rôle qui nous est attribué » (et là, je sais que beaucoup d’entre vous se reconnaitront)- . »C’est en cela que la solitude permet d’être vrai, d’être soi, et non le personnage que les autres veulent voir. Ni le corps ni l’esprit n’ont besoin de fards lorsqu’ils n’ont pas de témoins. »

Elle rend authentique : »plus la peur de la solitude motive pour créer des liens, plus ces liens fragiles renverront au sentiment de solitude par leur absence de profondeur ».

Elle adoucit les chagrins : »D’aucuns peuvent voir en la solitude une aire de repos pour l’esprit, sur laquelle il est bon de s’arrêter de temps en temps lorsque l’on trace à toute allure sur l’autoroute de la vie. D’autres puisent dans la tranquillité qui l’accompagne la source de leur inspiration. Les uns la chérissent pour le vent de liberté qu’elle souffle sur leur quotidien[..] Et puis il y a ceux qui la considèrent comme un lieu de convalescence, comme un endroit abrité où les peines de cœur et de l’esprit se soignent ».

Elle réveille les potentiels : »lorsqu’il s’agit de résoudre un problème ou de sortir d’une impasse, être seul oblige à aller chercher en soi l’aide que l’on a l’habitude de trouver chez les autres. On constate que plus on parvient à se débrouiller par soi-même, plus on gagne en confiance en soi ».

Elle dégage l’horizon existentiel : »S’extraire de temps en temps de son cercle proche permet de voir ce qui se passe au delà. Autrement dit, être seul permet de ne pas se restreindre à la volonté d’autrui et d’élargir ses perspectives ».

Elle apprend l’indépendance affective : »En amitié comme en amour, nous attendons souvent que les êtres qui nous sont chers agissent à notre égard comme nous le faisons pour eux. De cette attente souvent insatisfaite, nait la douleur de la déception. A trop espérer de l’autre, nous oublions au passage que les valeurs qui nous animent ne sont pas les mêmes chez tout le monde. Selon le philosophe William James, la manière la plus simple d’être heureux, consiste à se libérer de cette attente. Réussir à aimer l’autre aussi librement que sereinement, oblige à cultiver son autonomie. De la même façon que la solitude apprend à ne compter que sur soi pour se sortir d’un mauvais pas, elle enseigne aussi à puiser en soi les sources de bonheur ».

Elle développe la réflexion : »Il n’y a pas meilleur outil que la solitude pour se mettre au service de la réflexion et du dialogue intérieur ».

-Elle booste l’ennui productif : » Pour créer, innover, inventer, il est important de pouvoir entendre les mots que chuchotent les pensées. C’est en effet au plus profond de soi que dorment les idées. C’est au fond de soi qu’il faut aller chercher les joyaux de notre matière grise. Et pour réussir à se concentrer pleinement sur son monde intérieur, il faut commencer par accepter de se déconnecter complètement du monde extérieur. L’essentiel est d’être seul avec ses pensées pour les laisser s’exprimer, et de ne pas craindre l’ennui si les idées tardent à venir. Car l’ennui a des effets bénéfiques sur le cerveau. S’il n’y a pas de stimulus autour de soi, le cerveau le crée en soi« .

Elle sacralise le silence : »Les recherches scientifiques ont mis en lumière les effets positifs du silence sur le cerveau. Elles ont prouvé qu’il suffit de deux heures de silence continu par jour pour lui permettre de se régénérer, et même de stimuler les zones dont dépendent l’apprentissage, la concentration et la mémorisation. Le silence est une denrée rare dans le quotidien; il faut donc aller le chercher dans les moments de solitude. »

Elle procure un sentiment de liberté « Que l’on soit en couple ou avec des amis, le compromis est inévitable, si l’on souhaite mettre tout le monde d’accord. Il est toujours question d’accorder son violon au diapason de la majorité ».

Cet article n’a pas pour vocation de vous détourner définitivement de toute vie sociale, ni de prôner l’égoïsme d’une vie vécue uniquement pour soi-même. On a besoin les uns des autres, socialement, matériellement et surtout affectivement. D’ailleurs, « De sa nature initiale, l’être humain a gardé au fond de lui le besoin de clan et la crainte d’en être exclu. Depuis l’aube des temps, il est resté celui qui imbrique son destin à celui des autres pour se sentir exister et donner un sens à ce qu’il fait comme à ce qu’il est ». Voilà pourquoi tant de gens souffrent aujourd’hui d’être privés de contacts. Le but de cet article est juste d’attirer l’attention de ceux d’entre vous qui ne supportent pas de devoir s’isoler, sur les avantages non négligeables de ces moments de solitude qui se profilent à nouveau dans nos vies… Et que nous avons tout intérêt à en faire quelque chose de positif. Ne perdons pas de vue que ces moments si particuliers seront, malgré tout, des moments riches d’enseignements.

Un livre très intéressant pour ceux qui craignent viscéralement la solitude. Et aussi pour ceux qui l’apprécient sans bien savoir pourquoi, et sans être conscients de tous les bienfaits qu’ils peuvent éventuellement en tirer!…

Allez, Bon courage à tous!… Restez prudents!… Et prenez bien soin de vous!…

« S’émerveiller »… Le très bon livre de Belinda Cannone sur le sujet de l’émerveillement.

Je suis une « émerveillée » de nature. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. Disposition naturelle… Ou génétique… Ou aptitude acquise, grâce à l’éducation… (Mon père était aussi un contemplatif et un rêveur… Il attirait toujours mon attention sur les belles choses)… Ou acquise grâce à mon métier d’hôtesse de l’air, qui m’a permis de sillonner le monde et de découvrir tant de merveilles? Ou peut-être un peu tout ça à la fois…

La pandémie de Covid 19 et le confinement qui a suivi m’ont donné l’occasion de réaliser de manière encore plus vive, l’importance de préserver ses facultés d’émerveillement, pour traverser plus sereinement l’étrange période que nous vivons. Et, plus généralement, pour vivre une vie plus riche et plus intense…

Je me suis donc organisé une sorte de « retraite post-confinement », pour réfléchir à tout ça, et pour cela, j’avais besoin de trois choses essentielles:

  • Un endroit en pleine nature. Un endroit calme où l’air est pur… où je n’aurai qu’à passer la porte pour être au milieu des champs et des arbres et pour marcher autant que j’en aurai besoin. Un endroit silencieux pour écouter juste le chant des oiseaux, les nuages qui passent et le bruit de l’herbe sous mes pas… (La campagne m’a tellement manqué pendant le confinement. Hors de question d’avoir à passer cette rentrée en région parisienne! Trop flippant à mon goût! Trop de monde! trop de bruit! trop de pollution!…). J’ai la chance inouïe de pouvoir le faire, alors je le fais et je savoure…
  • J’avais bien-sûr également besoin de mon matériel de dessin, pour mes incontournables carnets créatifs. Dessiner les choses est le meilleur moyen qu’on ait trouvé pour observer profondément. Et la contemplation est une forme de méditation vraiment très efficace… Et tellement agréable!…

-Enfin, j’avais besoin d’une sélection de livres à savourer sur le sujet de l’émerveillement et de la beauté de la nature. Ces sujets qui me passionnent tant.

Ah! Et puis j’avais quand même aussi besoin de mon ordinateur… Pour écrire!… Une autre de mes activités favorites… Et pour la rédaction des articles de ce blog, dont je vous rappelle le sujet de base, depuis sa création en 2017: « cultiver ses facultés d’émerveillement »…

Et aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un de ces livres, dont je viens de terminer la lecture. Il s’agit du livre de Belinda Cannone, qui s’intitule « S’émerveiller ». L’auteur introduit son livre comme ceci:

« J’étais comme toujours émerveillée par les objets et les paysages simples qui m’entouraient, sentant que dans les années à venir, atteindre la concentration indispensable pour vivre plus continûment dans un état de vigilance poétique serait ma grande affaire, car seules cette concentration et cette vigilance permettent de ressentir pleinement la puissance de l’existence, des lieux et de la joie. Je décidais d’écrire un essai où j’explorerais ce travail intérieur qui permet d’ouvrir assez les yeux sur le monde pour en percevoir toute la beauté.

Très consciente du fait que le monde va souvent mal, et face à sa déception, parfois, face à la nature humaine, Belinda Cannone écrit:

« J’ai toujours déploré que le XXème siècle se soit à ce point complu dans le négatif […]? Cela ne m’a pourtant jamais empêchée de percevoir la beauté et d’accueillir la joie, quand elle venait, en dépit de l’inquiétude ». A méditer, par les temps qui courent!…

« L’émerveillement résulte du regard désirant posé sur le monde […]. Parce que le monde est fait pour nous, il recèle ce que notre désir sait y convoquer. Un hasard n’est souvent qu’une vigilance inconsciente. »

« Le désir général de vivre, comme celui, plus aigu, d’aimer, est une réponse à l’enténèbrement. Soudain se présente sous nos yeux une chose, un paysage, une personne (qu’on ne savait pas attendre) et dont on réalise qu’il correspond pourtant à un désir; inimaginé, inespéré, et cependant accordé au plus secret, connivent. Cet écart -l’objet est inattendu mais mystérieusement ajusté- est la condition (la définition) de l’émerveillement dont on peut dire, en ce sens, qu’il n’est jamais ce qu’on cherche mais ce qui survient.« 

« Je sais que le retrait dans la solitude des champs est la situation propice à la concentration et donc à l’ émerveillement.

« Tous les hommes ont vécu cette expérience du regard levé vers la voûte étoilée. Quel sentiment nous étreint alors? L’émerveillement devant l’immensité de l’univers, l’immuabilité du ciel, la sensation d’un temps qui nous précède et nous suivra ».

« S’émerveiller, c’est d’abord saisir la présence des choses et des êtres ».

« Les circonstances de la vie ordinaire sont de nature à contrarier notre capacité d’émerveillement et c’est pourquoi la solitude, souvent, accroit les chances de l’éprouver. Faire taire les bruits et l’agitation du monde pour se rassembler en soi, se concentrer. »…

Et c’est ce que je fais dans cette « retraite » si particulière, au sein de cette nature si calme et si paisible…

« L’émerveillement est une foudre délicate qui s’inscrit fugitivement au ciel- pauvre écrivain qui prétendrait la fixer! ». Et pourtant, Belinda Cannone le fait très bien!

« Ils (les oiseaux qui pépient) manifestaient la joie d’être en vie, de se répandre dans le ciel vaste, de faire courir leurs trilles selon les mille lignes de fuite qui nous relient à l’univers, de sentir l’existence, c’est-à-dire l’énergie pure du désir. Les oiseaux venaient de lui rappeler la possibilité d’éprouver le désir de vivre. L’émerveillement n’est-il pas, à travers l’expérience déroutante (qui nous fait sortir de notre route) de la beauté, le rappel de notre intime relation avec le monde et le profond assentiment au fait simple d’être vivant?« 

Tout est dit ici… Et de la plus belle façon. J’ai vraiment beaucoup aimé le style d’écriture, et la manière dont certains sujets sont abordés.

Lecture vivement conseillée+++

« L’awen en solitaire ». Avancer seul sur le sentier des druides. Un livre de Joanna van der Hoeven aux éditions Danaé.

Le druidisme est la tradition spirituelle « indigène » de Grande-Bretagne, d’Irlande, et de certaines parties d’Europe.9791094876336-200x303-1 C’est une ancienne tradition païenne axée sur la symbiose avec la nature. « Suivre le sentier du druidisme, c’est rendre hommage au monde naturel et à tout ce qui vit, développer une relation avec le monde et chercher à travailler avec lui en harmonie et en équilibre ». Longtemps pourchassé par la hiérarchie chrétienne, le druidisme existe toujours et connait même un regain d’intérêt ces dernières années. Les druides suivent de longues années d’enseignement. Ils peuvent être considérés comme les prêtres des anciens cultes celtiques, mais ils sont aussi des enseignants, des scientifiques, des érudits, des juges, voire des prophètes, véritables intermédiaires entre le monde surnaturel et les hommes. En général leur savoir est très vaste; il va de l’astronomie à la botanique, à la pharmacopée, en passant par la poésie et la philosophie.  Si l’on souhaite partager avec d’autres ce chemin de vie, il est possible de devenir membre d’un ordre de druides ou de découvrir ces pratiques dans certains festivals spécialisés. Soucieux de préserver leurs secrets, les druides tiennent des assemblées nocturnes en des lieux isolés, souvent connus d’eux seuls.

Mais il y a d’autres voies possibles.

Ce livre est écrit spécifiquement pour celles et ceux « qui se sentent appelés au druidisme mais préfèrent voyager seuls sur ce chemin de vie, libres des conventions et des restrictions sociales, en s’éloignant de l’humanité pour mieux connaitre le vaste monde ». 22_c1_eg_druideIl traite des bases du druidisme et nous montre comment les appliquer simplement à notre vie quotidienne pour l’enrichir d’un sentiment de beauté, de magie et de mystère. Sur ce chemin solitaire, nous finissons par nous rendre compte que nous ne sommes jamais seuls dans ce monde, et par notre lien avec la nature, nous voyons que l’idée même de séparation n’est qu’une illusion.

Le druide vit et apprend par « l’ Awen »,  ce qui veut dire littéralement « l’inspiration poétique qui vient de la nature ». Spirituellement, le druidisme peut être un chemin de vie merveilleux.

Beaucoup de druides sont animistes et croient qu’il y a une forme de conscience en toute chose, qu’il s’agisse d’une pierre, d’un arbre, d’une goutte d’eau ou d’un scarabée. Quand il marche dans la forêt, le druide devient la forêt. Il devient les arbres, les renards, les biches, les ruisseaux, les rochers, et apprend ainsi à voir quelle est sa place dans le vaste univers.

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Il est de la responsabilité du druide solitaire d’apprendre tout ce qu’il ou elle peut, que ce soit par les livres, en écoutant les orages et les tempêtes, en faisant de la musique ou en faisant l’amour. Nous pouvons apprendre de toutes les expériences de notre vie, si nous choisissons de les écouter. Le druide solitaire cherchera à se relier au monde naturel à son propre rythme, et selon ses propres termes. Il devra apprendre en tout premier lieu à garder les pieds sur terre, notamment par la méditation, ou la prière.

Lorsqu’on débute sur la voie de la méditation, on commence généralement par réapprendre à respirer. Or, la respiration est notre interaction la plus simple et la plus primitive avec notre environnement naturel, et le moyen le plus efficace de se rappeler que nous en faisons partie. Il est étonnant de se dire que l’air que nous respirons est le même que celui que respiraient nos ancêtres, il y a cinquante, cent ou milles ans. Renouvelé, certes, par les échanges naturels de notre respiration et de celle des arbres, mais il ne vient pas d’ailleurs…

Le druide voit également la prière comme une intention profonde visant à rendre hommage à toutes les choses, visibles ou invisibles, qui partagent notre existence. Toutes les relations sont à double sens. Tout est connecté. Pour le druide, prier, c’est rendre hommage à cette connexion. Si prier, c’est se relier, il faut à un certain moment s’arrêter et écouter les réponses éventuelles. Parfois, dans la vie, nous n’obtenons pas de réponse immédiate. Mais prendre le temps de s’arrêter, d’écouter, même si on n’entend rien, c’est apprécier le temps et le lien que nous partageons avec toutes les autres choses sur cette planète..

Ici ou ailleurs… Maintenant, ou dans le passé…

 

« La douane de mer » de Jean d’Ormesson

« La douane de mer » de Jean d’Ormesson

Je me demande ce que Jean d’Ormesson aurait pensé de cette pandémie. Lui qui aimait tant les voyages, l’Italie, Venise, les bains de mer, les livres et tous les plaisirs de l’existence…

Ce grand enfant émerveillé par la vie, manque à beaucoup de gens. Je fais partie de ceux-là. Heureusement, il nous reste ses livres. Des trésors précieux à savourer…

J’ai toujours aimé la lecture, mais la période de confinement que nous venons de vivre, m’a permis de renouer avec le plaisir intemporel des grandes lectures romanesques. Ces dernières années, je favorisais la lecture de livres pratiques et d’essais sur la création artistique, le développement personnel, la spiritualité… J’ai redécouvert ces temps-ci le plaisir immense de m’évader en lisant de grandes et belles histoires dépaysantes.

Je viens de lire « La douane de mer ». J’aime beaucoup Jean d’Ormesson. Sa très grande culture, sa personnalité attachante, sa franchise désarmante et le charme irrésistible de ses conversations solaires et joyeuses, sa légèreté teintée de profondeur… Un délice. Je vous propose un lien pour aller voir cet interview de Jean D’O par Léa Salamé , dans lequel il joue de son charme coutumier avec une sincérité touchante,  ou encore ce numéro de La Grande librairie… Il y a sur la toile de nombreux interviews de Jean d’Ormesson. Ces deux-là méritent vraiment d’être écoutés avec attention… Il était aussi le roi des citations d’autres auteurs, toujours parfaitement choisies et dites avec tant d’éloquence.

Quel bonheur de retrouver le style unique et si caractéristique de cet amoureux des mots. Un exemple pour tout aspirant écrivain… Sa vision du monde et de la vie, est également une source d’inspiration pour tout être humain qui, comme lui, aime la vie et tente, tant bien que mal, d’y trouver un sens.

Le propos de « La douane de mer »: l’auteur (O), meurt dès la première page. Alors qu’il s’apprête à quitter la terre pour s’envoler vers une destination inconnue, il croise A, un esprit venant d’une galaxie lointaine dans le but d’étudier la terre et ses habitants. A demande à O de lui accorder trois jours avant de quitter définitivement la terre, afin de l’aider à comprendre le fonctionnement du monde, et surtout celui des hommes,  leur histoire, leurs modes de vie… Tout cela dans le but de rédiger un rapport qu’il doit ramener dans sa galaxie. Survolant la terre, trois jours durant, les deux esprits parcourent ainsi l’espace et le temps…

Ce sujet en or est évidemment le prétexte à une présentation haute en couleurs du monde, des aléas de son histoire… C’est aussi l’occasion d’un portrait touchant: celui des êtres humains, créatures vulnérables et attachantes, aux comportements parfois déroutants, qui doivent affronter, depuis la nuit des temps, leurs destins de mortels avec courage, tout en essayant d’être aussi heureux que possible.

Quelques extraits choisis:

-« Même achevée par la mort, la vie est une splendeur ».

-« Le temps emporte les hommes. Mais ils passent leur vie, leur vie si courte et si belle à penser à autre chose […]. A l’argent. Au travail. Au confort. Au plaisir. Au temps qu’il fait. Aux vêtements à porter. Aux gens qu’il s’agit de voir. Aux affaires à traiter. A toutes les règles du jeu. A presque rien et à tout.[…] Les hommes se débattent comme ils peuvent au milieu des pièges et des désastres qui surgissent de partout. Le monde est surtout un bonheur parmi tant de malheur. C’est une fête en larmes. C’est un échec radieux. Je savais qu’un jour ou l’autre mon histoire ici-bas allait finir assez mal et que j’allais mourir puisque j’étais un homme. J’ai fait ce que j’ai pu de cette stupeur ardente qui m’a été donnée sous forme de jours et de nuits, de forêts où me promener, de mers où me jeter, de mots à lire ou à écrire, de beauté et de rires. »

-« Aucune aventure humaine n’est une aventure solitaire. Les hommes sont liés entre eux par des liens innombrables. Aucun de ces liens n’est aussi fort que l’amour qui emporte en même temps les corps et les âmes ».

-« Rien de plus flou que l’amour. Ni de moins scientifique. Il n’est fait que de détails, d’accidents, de paradoxes, de surprises. Et de silences ».

-« Partir est un grand bonheur. J’ai beaucoup aimé partir. J’ai beaucoup aimé le monde. J’ai beaucoup aimé la vie. J’ai beaucoup aimé les femmes, les routes, les paysages. J’ai beaucoup aimé le plaisir. J’ai beaucoup aimé l’amour. »

-« Je cherchais dans mes souvenirs ce que j’avais aimé – Peut-être le monde lui-même. La vie, bien-sûr, mais plus encore le monde. Le monde et son spectacle […] J’aimais regarder le monde d’un peu loin, comme si j’étais de passage.  Et je l’étais en effet. Une sorte de touriste en vacances sur les plages de cette planète, dans ses collines, dans ses campagnes. […] Le monde est un théâtre. Nous y bâclons tous notre numéro sous les projecteurs de l’histoire. Nous récitons notre texte, on nous applaudit, on nous siffle et, après avoir fait de la figuration à peine intelligente dans la plus belle des pièces – un succès universel, un triomphe, un chef d’œuvre: l’histoire des hommes sur la terre – , nous rentrons à jamais dans les loges de l’oubli et de l’éternité ».

-« Il y a eu sur cette terre des machines à faire rêver qui ont laissé un nom dans la mémoire de ses hôtes. On les appelle les livres. »

-« Peut-être parce que chacun d’eux est lui-même une histoire, les hommes aiment à la folie qu’on leur raconte des histoires. Le monde n’est qu’une histoire où s’emboitent des histoires. La tienne, la mienne, la nôtre… »

-« L’important est de jouer avec notre destin pour nous distraire du temps qui passe et de détourner vers des voies de garage l’angoisse de notre condition […] Tout est histoire, les guerres, les maladies, les larmes, les souffrances, le savoir, l’inconscient, la mort […]. Il y a des histoires plus complètes, plus achevées, plus cohérentes que d’autres. On les appelle des chefs-d’œuvre. Le chef-d’œuvre le plus achevé, le plus cohérent, le plus complet, c’est l’histoire du monde dont les héros sont les hommes. »

-« La vraie gloire des hommes, ce ne sont pas les génies, les talents, ceux qui se distinguent des autres. La vraie gloire des hommes est ailleurs. Dans le silence, dans le travail, dans la patience, dans le courage. La vraie gloire des hommes, ce sont les hommes eux-mêmes, dans leur diversité et leur totalité. Les milliards et les milliards d’hommes dont les noms sont perdus mais dont la seule existence a fait marcher l’histoire.

Je profite de cet article pour ajouter quelques extraits d’autres livres écrits par Jean d’Ormesson et que j’aimerais vous faire partager:

-« Rien n’est plus proche de l’absolu qu’un amour entrain de naître. Le stupéfiant, le merveilleux, c’est que cet absolu nait du hasard ».(Dieu, sa vie, son oeuvre)

-« Souvent, je suis triste. Le monde n’est pas gai. Alors, je trompe mon monde en riant. La gaité est la forme de ma mélancolie ».(Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit »)

-« Les hommes veulent d’abord survivre. Et tout de suite après, les meilleurs d’entre eux au moins, ceux qui font bouger l’ordre établi et qui laissent derrière eux des traces de leur passage, se désespèrent de voir leur vie se perdre dans les sables et tomber dans l’oubli. Ils veulent qu’elle prenne un semblant de sens. Alors, ils chantent, ils peignent, ils se servent de la terre ou du bois ou de la pierre ou de la toile ou du papier pour inventer des objets, ils font la révolution, ou des livres, ils laissent derrière eux des sortes de monuments. Ils souffrent et ils espèrent. Et ils regardent les nuages dans le ciel, l’eau qui coule, la mer si elle est là, les étoiles la nuit. Je crois qu’ils aimeraient tous savoir ce qu’ils font là. » ( Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit).

-« Ce qu’il y a de plus remarquable dans l’histoire de l’univers, c’est que les malédictions ne tardent jamais longtemps à se changer en bénédictions. » ( Un jour je m’en irai sans en avoir tout dit).

-« Ce que j’ai aimé le plus au monde, je crois que c’était la vie.[…]. J’aimais beaucoup les matins, le soleil, la lumière qui est si belle. Et les soirs avec leurs secrets. Et les nuits aussi. Après les surprises et l’excitation du jour, je m’enfonçais dans l’absence avec une silencieuse allégresse. J’aimais beaucoup dormir. Et j’aimais me réveiller et aller me promener dans les forêts ou le long de la mer. » […] Il y avait dans cette attitude quelque chose d’audacieux: elle n’était pas répandue chez ceux de mon époque. Ils cultivaient leur refus et leur mauvaise humeur avec ostentation. […] Le bonheur d’être au monde que j’ai éprouvé avec tant de violence n’était pas très bien vu.[…] Il y avait du mal dans ce monde, le sang y coulait à flots, des mères cherchaient leurs enfants au milieu des décombres, l’homme allait peut-être disparaitre, victime de son propre génie, et il n’en finissait pas de souffrir. Est-ce que je l’ignorais? A côté des horreurs qui n’avaient jamais cessé de s’enchaîner les unes aux autres et en attendant les désastres qui ne pouvaient manquer de survenir, il y avait aussi des roses […], il y avait de jolies choses à lire, à voir, à écouter, de très bonnes choses à manger et à boire, des coccinelles pleines de gaité, de la neige sur les montagnes, des îles dans une mer très bleue.. »( C’était bien)

J’espère que ce choix vous donnera envie de replonger dans l’œuvre de cet enchanteur de la littérature et de la vie.

Et vous pouvez terminer par cette belle émission hommage  datant de Décembre 2017 (La grande librairie de François Busnel.)

-C’est « Épatant »!… dirait Jean d’Ormesson.

 

 

« Faire des pauses pour se (re)trouver. » Le bon moment pour lire ce livre de Anne Ducrocq. Ed Leduc pratique, (et en livre de poche également.)

Nous traversons en ce moment une période un peu angoissante d’épidémie qui peut donner envie à certains d’entre nous de moins sortir et de rester tranquillement chez eux, (du moins lorsqu’ils ne sont pas obligés de sortir pour aller travailler)… J’avoue que j’ai tendance à faire partie de ceux-là… En plus, la météo n’étant pas très clémente ces jours-ci, l’envie de faire de grandes ballades à la campagne est moins grande. C’est donc le moment idéal pour lire, écrire, peindre, créer… réfléchir…  et se ressourcer (au moins le temps du week-end, pour ceux qui travaillent!..)

Cette étrange période que nous traversons peut devenir un moment propice à l’introspection et à la réflexion, auxquelles on laisse généralement peu de place , dans nos vies trop souvent surchargées d’activités.

41IB4ZES3LL._SX347_BO1,204,203,200_Je viens de retrouver ce livre, publié en 2018 et sur lequel j’avais écris un article à cette époque: « Faire des pauses pour se (re)trouver », écrit par Anne Ducrocq. Je trouve le moment idéal pour revenir dessus et mettre en pratique les idées très intéressantes qui y sont développées sur l’importance de faire des pauses dans nos vies survoltées. Il fait partie de ces livres qu’il est bon de garder précieusement pour s’y replonger régulièrement.

Voici de quoi il s’agit:  nous vivons dans un monde qui nous laisse peu de temps pour réfléchir, peu de temps pour nous exprimer, peu de temps pour nous arrêter. L’auteur nous donne des pistes pour faire cesser ce mouvement de remplissage qui nous avale comme une spirale. « On ne cesse de faire des pleins: plus de travail, plus de divertissements, plus de vêtements, plus d’appareils technologiques, plus d’amis, plus d’amants, plus de voyages, plus de sport… » . Ce monde tourne trop vite. Anne Ducrocq nous propose de nous retirer de l’agitation du monde, SEUL, pour quelques heures ou (encore mieux) pour quelques jours, afin de renouer avec notre dimension intérieure. Et son livre est un véritable guide pour organiser et profiter au maximum de ces sortes de « retraites spirituelles » solitaires, indispensables pour se recentrer sur l’essentiel.

Bien-sûr, certains peuvent rétorquer que tout le monde n’a pas un tempérament d’ermite, ni une semaine devant soi, ni la chance de vivre à la campagne. Mais une seule journée de pause peut déjà faire beaucoup de bien.

Le livre nous explique clairement et simplement l’importance de telles retraites, le moyen de les aborder le mieux possible, et d’en comprendre les bienfaits…

Quelques extraits choisis pour vous

-« Faire le vide, de pensées, d’activités, de projets, de relations, d’obligations, est une expérience qui porte des fruits à nulle autre comparables.

-« Il est urgent de revenir à soi, à un « chez soi », et de cesser d’habiter chez l’autre et ce qu’il pense, ce qu’il va dire, ce qu’il va faire… Ces autres qui nous cannibalisent sont nombreux. Nous sommes enfant de, époux ou épouse de, mère ou père de, secrétaire de, directeur de… même le sans-emploi célibataire sans enfant sera toujours le voisin ou l’ami de quelqu’un. On a trop tendance à vouloir plaire, s’adapter,se défendre… Pour celui qui mène tant de vies en simultané-amoureuse, familiale, professionnelle, amicale, associative, politique, religieuse…-, s’offrir un temps rien que pour soi n’est pas un luxe, mais une nécessité dont il n’a pas suffisamment conscience.

– » Pour plusieurs jours de retraite personnelle, nous alternerons des moments centrés sur notre corps (relaxation, repas, marche, repos), d’autres sur notre psyché ( activités créatives, artistiques, culturelles, intellectuelles, introspection, réflexion), et d’autres, enfin, rien que pour nourrir notre esprit (méditation, contemplation, communion avec la nature). »

-« Comme les moines; nous devrions essayer d’éviter de penser à l’activité suivante. Concentrons-nous au contraire sur le moment présent. Attachons-nous à ce que nous sommes entrain de faire. »

-« La plupart d’entre nous n’avons pas reçu d’éducation à la voie solitaire. On a perdu l’habitude de s’ennuyer, on préfère fuir. […] Pourquoi craint-on à ce point de faire l’expérience de l’ennui? C’est pourtant une belle rencontre, souvent étonnante… »

-« Il faut apprendre à apaiser notre mental. […] Notre incapacité à nous arrêter de penser est un véritable poison. La pensée n’est qu’une image mentale, une interprétation du réel. »

Sur l’écriture

– » Une retraite spirituelle est un temps idéal pour descendre dans le puits des mots enfouis, des non-dits, des merveilles oubliées ou jamais partagées. […] Je me régale de ces journées entièrement dédiées à l’écriture. J’entre dans un autre temps que celui des horloges, comme quand on peint, quand on sculpte… Je suis prise par l’enchantement de l’écriture et de la vigilance qu’elle exige. Écrire, aimer écrire, savoir écrire est l’un des plus beaux cadeaux que la vie m’ait fait. Cela me console de tout. »

Évidemment, le thème de l’émerveillement m’a interpellée…

-« L’émerveillement, c’est un moment d’éclaircie, un état de stupeur: on croyait les choses finies, limitées, et l’on s’aperçoit qu’elles commencent, que tout rebondit » (citation de Bertrand Vergely).

-« S’émerveiller du plus extraordinaire au plus banal, c’est introduire une fêlure dans l’ordre du temps; un étonnement, un trouble, une joie, une émotion s’y glisse. Exister suffit. S’émerveiller, c’est se réveiller intérieurement […]. Il faut laisser monter en nous cet enthousiasme qui est capable de transformer de fond en comble le quotidien. Ce qui nous fait mourir, ce n’est pas la mort, c’est de ne pas vivre. »

-« La vie n’est pas une quantité mais une qualité! S’émerveiller, c’est revenir sur Terre habiter le monde tel qu’il est et le trouver bon. »

-« La nature est par excellence un lieu de rencontre avec le sacré ».

-« Il ne faut jamais hésiter à s’offrir un moment de contemplation de la beauté […]. Dessiner, peindre, faire des collages, faire un bouquet… »

L’ouvrage contient également des conseils de lectures et de films à découvrir pour élargir l’expérience, pendant ces périodes de retraites spirituelles…

Lecture vivement conseillée***.

citations du jour… extraits choisis du livre de Paulo Coelho: « manuel du guerrier de la lumière ».

De retour d’un court séjour « aquarelle » au milieu des magnifiques et impressionnantes falaises d’Etretat, je voulais vous faire partager des extraits du livre qui a accompagné mes pauses entre jeux de lavis et fusions de couleurs : « manuel du guerrier de la lumière », de Paulo Coelho.

M02290039330-large« Les guerriers de la lumière ont toujours une lueur particulière dans le regard… »

« Le guerrier de la lumière ne craint pas de paraitre fou. Il se parle à voix haute quand il est seul. Quelqu’un lui a appris que c’était la meilleure manière de communiquer avec les anges, et il cherche ce contact. »

« Lorsqu’il se met en marche, chaque pierre, chaque tournant lui souhaite la bienvenue. Il s’identifie aux montagnes et aux ruisseaux, il voit une parcelle de son âme dans les plantes et les animaux et les oiseaux de la campagne. Alors acceptant l’aide et les signes de Dieu, il laisse sa légende personnelle le guider en direction des tâches que la vie lui réserve… »

« La vie le transporte de l’inconnu vers l’inconnu. Chaque minute  est revêtue de ce passionnant mystère: le guerrier de la lumière ne sait pas d’où il vient, ni où il va. Mais il n’est pas ici par hasard. Et il se réjouit d’être surpris. Il s’enchante de découvrir des paysages nouveaux. Souvent il a peur, mais c’est normal chez un guerrier. »

« A mesure qu’il avance, le guerrier se rend compte qu’il existe des difficultés qu’il n’avait pas envisagées. S’il lui faut attendre le moment idéal, il ne bougera jamais; un peu de folie est nécessaire pour faire un pas de plus. Le guerrier use un peu de folie. Parce que -à la guerre comme en amour- il n’est pas possible de tout prévoir. »

« En ce moment même, des millions de gens ont renoncé. Ils ne s’ennuient pas, ne pleurent pas, ne font plus rien; ils attendent seulement que le temps passe. Si parfois tu es triste, cela prouve que ton âme est toujours vivante. »

« Le guerrier de la lumière connait l’importance de l’intuition. Les gens disent « il vit dans un monde imaginaire », ou « comment peut-il croire des choses qui n’ont pas de logique? ». Mais le guerrier de la lumière sait que l’intuition est l’alphabet de Dieu, et il continue d’écouter le vent et de parler aux étoiles… »