Sylvain Tesson: un écrivain-voyageur passionnant à découvrir, à lire, à écouter… très inspirant, en somme…

Sylvain Tesson: un écrivain-voyageur passionnant à découvrir, à lire, à écouter… très inspirant, en somme…

sylvain Tesson

(article furtivement publié par erreur dans le nuit du 14 novembre…Oups!… Désolée. Il n’était pas terminé. Cette fois c’est bon!…)

J’ai cité quelques fois Sylvain Tesson dans ce blog (notamment dans un article sur Vincent Munier écrit en novembre 2020, avec lequel il a voyagé et écrit un livre). … Cet écrivain-voyageur, géographe de formation, est un personnage atypique, connu pour ses voyages et ses expéditions souvent extrêmes ( ses traversées de continents entiers, à vélo ou à pied) dont il rapporte des carnets de notes ou des films. Il est aussi un auteur prolifique, devenu à présent un de mes écrivains préférés.

Sans avoir lu ses livres, j’avais entendu parler de l’auteur fantasque et de l’aventurier qu’il était avant son accident. En 2014, il chute du toit d’une maison qu’il avait escaladée, après une de ces soirées bien arrosées dont il était coutumier à l’époque. Il reste plusieurs jours dans le coma et sort de cet accident cassé de partout et en partie défiguré.

Ces derniers mois, je suis tombée plusieurs fois sur des reportages le concernant. L’intelligence de ses interventions à la télévision ou à la radio, a commencé à m’interpeller. Je trouve ses propos brillants et toujours très pertinents. J’ai notamment regardé l’émission littéraire « la grande librairie » de François Busnel dans laquelle Sylvain Tesson parlait de son parcours d’écrivain et de voyageur solitaire. Il racontait aussi son accident, sa convalescence et son cheminement pour se sortir de l’état dans lequel cette chute l’a plongé. Son histoire, sa façon de s’exprimer, son éloquence, ses idées et sa vision de la vie m’inspirent. J’ai commencé par lire le livre qu’il présentait ce soir-là ( « un été avec Rimbaud »). J’ai eu naturellement envie d’en lire un autre (« Une très légère oscillation »), puis un autre (« Sur les chemins noirs », dans lequel il raconte la marche « rédemptrice » qu’il entreprend après son accident, à pied et en solitaire, entre Le Mercantour et le Cotentin). Puis j’ai lu sa « Géographie de l’instant »… Et je me suis vraiment régalée avec chacun de ces livres.

Tesson-800x445.png

J’aime son style insolent, parfois drôle, parfois poétique… ses propos sont toujours plein de bon sens et d’intelligence…Je partage la plupart de ses idées sur la société, sur la marche du monde, sur la nature humaine, ainsi que son amour de la nature et des grands espaces. J’aimerais juste avoir un peu de sa virtuosité verbale.

Je ne suis pas la seule à m’intéresser au personnage, à ses idées et à son écriture, puisque je viens d’apprendre qu’un film inspiré de son livre « Sur les chemins noirs » est en tournage actuellement, avec le comédien Jean Dujardin dans le rôle de Sylvain Tesson. Il s’appellera « Sur les chemins de pierres », et je suis déjà impatiente de le voir.

Un autre film inspiré de son livre « Dans les forêts de Sibérie » était déjà sorti en 2016. Je vous propose de cliquer sur le lien qui suit pour visionner la bande annonce du film ( « Dans les forêts de Sibérie« )

Alors si aujourd’hui, un deuxième film est tourné sur ce personnage particulièrement inspirant, c’est plutôt une bonne nouvelle. Si c’est le moyen pour qu’un plus large public puisse le découvrir et ait envie de lire ses livres, ce sera une très bonne chose.

En attendant le plaisir de voir ce film, je vous propose ici de découvrir quelques extraits de ses livres, dont je vous conseille vivement la lecture.

-« Le bloc-notes est le genre qui convient le mieux au voyageur, à celui qui souffre de ne pouvoir consigner par écrit tout ce que sa curiosité lui offre d’émerveillement ou lui cause de chagrin. Qu’est-ce qu’un bloc-note? Un herbier. Sur le chemin, on cueille une aimable vision, dans un livre, on rafle une pensée. Une scène de la vie quotidienne nous émeut, nous indispose […] Dans le ciel, un nuage prend la forme d’un visage aimé. Ces copeaux, tombés de la roue du temps, sont jetés dans le carnet de notes. De l’harmonisation de ces instantanés jaillira une géographie de l’instant ».( Comme j’aimerais écrire comme ça!!!…)

« Il y a des êtres comme cela, insolents, désinvoltes, étrangers aux circonstances. La grotesque agitation de leurs semblables les ennuie au suprême. Ils savent le chant d’un oiseau ou le vers d’un poète plus importants que les affaires des hommes. A l’humanité empêtrée dans ses guerres, ils semblent dire: »un peu de silence, s’il vous plait! « . C’est vrai, quoi, dans ce monde, on n’entend plus le rossignol! »

-« Nous sommes entrés dans le temps de la connexion permanente […]Les auteurs explorent les bouleversements qu’Internet a provoqué dans tous les champs de nos existences, se félicitent de l’accélération cybernétique, s’enthousiasment de la révolution qui point. Peut-on se permettre un bémol? Et signaler que souvent, Fogel et Patino confondent la puissance de réseau, son avancée fulgurante, sa force virale, sa capacité d’envahissement, avec se valeur intrinsèque. Ce n’est pas parce que nous sommes tous connectés en permanence qu’il en sortira quelque chose. Disposer en un clic de tout le savoir du monde ne rend personne intelligent et Aristote a pu produire sa Métaphysique sans logiciel ».

« Il faut militer pour le recul des écrans qui envahissent le champ de nos existences. Et lutter contre ce discours marchand qui nous promet une société et un monde meilleur grâce aux nouvelles technologies. Nous sommes encore quelques mohicans à préférer le sens de l’orientation au GPS, le sentiment de la Nature à Google Earth, la truculence aux dictionnaires en ligne […] Ils oublient vite, ces hypnotisés du virtuel qu’en matière de technologie, il y a une chose sous nos cheveux qui s’appelle le cerveau. Et que cette très ancienne invention est autrement plus mystérieuse, puissante, passionnante, évolutive et prometteuse que toute application numérique clignotant tristement sur un écran livide. » (parvenir à critiquer la technologie avec poésie… Trop fort!)

-« Marcher, c’est célébrer la lenteur dans un monde qui s’agite; accepter l’ennui dans une société qui ne croit qu’au divertissement; s’adonner à un plaisir modeste dans un système où tout se paie; se replier dans ses pensées dans le brouhaha ambiant […] Flâner, courir les bois, se promener, musarder, sont des actes de liberté, minuscules certes, mais qui appartiennent à celui qui les accomplit ».

-« La marche est un alambic qui distille les scories du corps ».

-« J’ai identifié dans la marche et dans l’écriture des activités qui permettent, sinon d’arrêter le temps, du moins d’en épaissir le cours ».

« La lecture est un refuge par temps de laideur.[…]. Lire nous confirme que la solitude est un trésor. Lire c’est laisser une parole s’élever dans le silence, vous traverser, vous emporter et vous laisser, métamorphosé, sur le rivage de la dernière page. Pour que cette alchimie opère, il faut être seul ».

Extraits du livre « Une très légère oscillation »:

-« Ces derniers mois, j’ai souffert des bavasseries électorales, des huées des députés, des harangues de nos intellectuels. Tous ces gens clamant leurs certitudes sont passablement vulgaires. Si les bêtes et les fleurs sont si nobles, c’est par la grâce de leur mutisme suppliant. Comme il parait doux, le ballet silencieux des cumulus, après ces coulées logorrhéiques »

-« C’est l’aube, le ciel est pur, neuf. Les passereaux se réveillent en pépiant, une tourterelle, déjà, roucoule sous le toit, l’air a gagné quelques degrés de température et l’on entend le crépitement de la neige réchauffée par un rayon mauve. Un chat s’étire en craquant, une araignée répare sa toile éventrée par un drame nocturne, les premières pensées s’ébrouent dans la tête, encore gauches, encore engluées de sommeil. Et c’est dans un tel moment de jeunesse, de gloire et de grâce qu’il faudrait allumer la radio pour écouter les « matinales »?

-« La seule leçon que nous donnent les morts, c’est de nous hâter de vivre. De vivre plus, de vivre avidement. De s’échiner à un surplus de vie. De bénir tout instant.Et d’offrir ce surcroît de vie à eux, les disparus, qui flottent dans le néant, alors que la lumière du soir transperce les feuillages ».

« Le seul inconvénient de la disparition de l’humanité est qu’il n’y aura personne pour se réjouir de l’évènement ».

« La politique de l’enfant unique vient d’être supprimée en Chine. Désormais, chaque petit chinois pourra partager avec son petit frère ou sa petite sœur son désespoir de vivre dans un monde pollué à mort ».

-« Alain Peyrefitte avait raison, la Chine s’est réveillée. Les européens ne se sont pas encore rendu compte qu’ils étaient au menu du petit-déjeuner ».

Sylvain Tesson2

Extraits du livre « Sur les chemins noirs » (dont sera tiré le film évoqué plus haut):

« Il ne s’agirait pas de mépriser le monde, ni de manifester l’outrecuidance de le changer. Non! Il suffirait de ne rien avoir de commun avec lui. L’évitement me paraissait le mariage de la force avec l’élégance. Orchestrer le repli me semblait une urgence. Les règles de cette dissimulation existentielle se réduisaient à de menus impératifs: ne pas tressaillir aux soubresauts de l’actualité, réserver ses colères […] demeurer entre les murs de livres et les haies forestières ». ( Se souvenir de ce conseil génial!)

-« Les nouvelles technologies envahissaient les champs de mon existence, bien que je m’en défendisse. Il ne fallait pas se leurrer, elles n’étaient pas de simples innovations destinées à simplifier la vie. Elles en étaient le substitut.[…] Il était ingénu de penser qu’on pouvait les utiliser avec justesse. Elles remodelaient la psyché humaine. Déjà, elles régentaient la langue, injectaient leurs bêta-bloquants dans la pensée. La vie avait-elle plus de grâce depuis qu’elle transitait par les écrans? « 

-« Expression lue sur un panneau à l’entrée d’un chemin: »La praticabilité de cet itinéraire n’est pas garantie ». On devrait annoncer cela à tous les nouveaux-nés au matin de leur vie! »

Je vous propose de visionner l’émission « Thé ou Café » et de regarder cet ( Entretien avec Sylvain Tesson) dans lequelle Catherine Ceylac dresse un joli portrait de l’écrivain. Il y exprime sa passion des livres, nous parle de son travail d’écrivain, et nous parle un peu de lui. Je ne peux m’empêcher de penser que la richesse et l’aisance de son discours changent agréablement de ceux qu’on entend trop régulièrement sur la plupart des réseaux sociaux actuels, et se distinguent des discours tenus par tous ces « influenceurs » à la mode, venus de nulle part, souvent caractérisés par la pauvreté de leur vocabulaire et leur absence totale d’intérêt.

Et il y a aussi cet interview de 2013 :« Une liberté vertigineuse » dans laquelle il nous parle de sa passion des livres…

« Habiter poétiquement le monde », aux éditions Poesis. Choix des textes et conception de Frédéric Brun.

« Habiter poétiquement le monde », aux éditions Poesis. Choix des textes et conception de Frédéric Brun.

habiter poétiquement le monde

« Habiter poétiquement le monde »… Cette expression, empruntée aux célèbres vers du poète allemand Höderlin, n’a jamais cessé depuis deux siècles d’être citée ou commentée par des écrivains, des poètes, et des philosophes de tous les pays. Elle me touchait déjà avant de lire ce livre. J’ai croisé cette phrase plusieurs fois au cours de mes lectures ces derniers temps… notamment dans un autre livre passionnant qui s’appelle »célébration de la beauté »( de Roland de Miller), et sur lequel j’ai écris un article récemment.

Frédéric Brun a choisi des extraits de textes de grands auteurs pour constituer cette anthologie-manifeste proposant des pistes essentielles pour « habiter le monde poétiquement ».

Les textes sont classés en cinq périodes:

-Le monde romantique, avec Hölderlin, bien-sûr, mais aussi Novalis, Shelley, Lamartine, George Sand, entre autres…

-Le monde post romantique, avec Thoreau, Emerson, Nerval, Baudelaire, Rimbaud…

-Le monde moderne, avec Rilke (et son inoubliable lettre à un jeune poète), Proust, Tagore, Saint-Exupéry…

-Le monde du renouveau, avec Cocteau,Breton, Saint-john Perse…

-Et enfin le monde contemporain, avec Yves Bonnefoy, J-M Le Clézio, Christian Bobin, et bien-sûr Sylvain Tesson, dont je suis entrain de lire tous les livres un par un, et dont je ne me lasse pas…

Et ceux-là sont juste quelques uns des auteurs extraordinaires qu’on retrouve dans ce livre, sans oublier des personnalités d’autres disciplines, comme le sociologue Edgar Morin, l’astrophysicien Hubert Reeves et l’agriculteur biologiste Pierre Rabhi.

Lorsque tous ses auteurs évoquent leur désir d’habiter poétiquement le monde, ils ne parlent pas forcément d’écrire des vers à longueur de journée… Il est plutôt question ici d’une véritable manière de vivre et de regarder le monde…

Extraits:

-La poésie est le langage universel que le cœur tient à la nature.[…] Partout où existe un sentiment de beauté, de puissance ou d’harmonie, comme dans le mouvement de la vague sur la mer, dans la croissance d’une fleur qui étend dans l’air ses feuilles délicates, et dédie au soleil sa beauté, là est la poésie à sa naissance.Elle n’est pas une branche du métier d’auteur, mais « l’étoffe dont notre vie est faite ».(William Hazlitt

-Le poète a un sens particulier, c’est le sens du beau (George Sand)

-La poésie, c’est l’enthousiasme cristallisé (Alfred De Vigny)

-La poésie est, d’abord, une manière d’être au monde » (Colette-Nys Mazure)

-Avant que d’être changé, le monde n’a-t-il pas besoin d’être réenchanté? N’avons-nous pas besoin de l’aimer et de le contempler pour retrouver l’énergie d’en prendre soin? c’est cet amour profond de ce que j’appelle « la symphonie de la Terre », qui, au delà des constats alarmants sur les désastres actuels et à venir, me pousse à œuvrer à la mise en place de solutions(Pierre Rhabi).

-Être vivant, c’est d’abord savoir regarder.[…] Le regard donne son mouvement au monde. Il ne faut pas s’habituer. Il faut être stupéfait tout le temps, par chaque nouvelle vision.[…] J’ai cet infini jouissable de l’instant présent, durci en moi, un vrai diamant qui flamboie dans mon corps. (J.M. Le Clézio).

-La poésie a pour fin la quête spirituelle de la Beauté.[…] Le sentiment du beau est produit par l’émerveillement que le poète éprouve en face des chose de la création. Cet éblouissement de l’âme restitue aux objets leur fraîcheur originelle, il les renouvelle, les illumine, il rend aux mots qui les nomment une part de leur transparence.(Marc Eigeldinger)

-Dans cette lutte incessante que constitue le monde moderne, les contemplatifs sont les guerriers les plus résistant[…] Les poèmes du boulanger, ce sont ses pains… Je crois que, au fond, c’est ça la poésie, c’est juste un art de la vie. (Christian Bobin)

-La poésie n’est pas simplement un art du langage. Elle me semble porteuse d’une plus grande ambition, se voulant, au plan de l’existence, recherche d’une autre lumière et d’un autre langage pour donner sens à notre séjour, à notre habitation de la Terre. Aujourd’hui, nos vies sont gouvernées, pour l’essentiel, par une logique économique, une rationalité marchande, dont on voit bien, à la faveur de la crise en cours, combien elle est déraisonnable et dommageable à l’humanité tout entière.(Jean-Claude Pinson).

-Le moindre de nos gestes a son importance dans un monde qui apparait pour la plupart d’entre nous de plus en plus imprévisible; accrochons-nous à ces gestes et à ces mots simples pour habiter la terre avec un peu plus de lenteur, d’émerveillement et d’humanisme. (René Char)

-Il faut que l’homme habite poétiquement ce monde, qu’il cesse de courir après une croissance effrénée pour retrouver l’essence de son existence. Il doit tenter d’exister avec le plus de réceptivité possible, en contemplant les beautés qui nous entourent, en s’en nourrissant, s’en inondant l’âme et les yeux, en essayant chaque jour de regarder plus attentivement le ciel, la mer, l’écume, les arbres, le sourire d’un enfant, avec les yeux et l’esprit du poète.(Frédérique Brun)

Poésie, Cahier De Poésie, Le Romantisme, Vieux Cahier
« Pourquoi écrire va vous rendre heureux » traduction du best seller de Natalie Goldberg « writing down the bones ».

« Pourquoi écrire va vous rendre heureux » traduction du best seller de Natalie Goldberg « writing down the bones ».

Des millions de passionnés d’écriture aux États-Unis et dans le monde entier ont adopté la méthode proposée dans ce livre parce qu’elle a révolutionné leur manière d’écrire et d’affronter la page blanche. Publié en 1986 aux USA, j’avais lu ce livre à l’époque dans sa langue originale, mais lorsque je trouve une traduction, je préfère toujours lire les livres dans ma langue maternelle parce que les idées s’impriment mieux dans mon esprit. Et je viens précisément de trouver cette traduction récente du livre « writing down the bones »aux éditions Robert Laffont.

Pourquoi-ecrire-va-vous-rendre-heureux

Natalie Goldberg est américaine. Elle pratique la méditation zen et enseigne l’écriture depuis plus de quarante ans, notamment dans des ateliers d’écriture particulièrement appréciés outre-atlantique. Elle a écrit une quinzaine d’ouvrages, mais celui-ci est sans doute le plus connu.

Au delà d’une méthode, Natalie Goldberg s’attaque aux racines de la création littéraire, détaillant des mécanismes aujourd’hui confirmés par les neurosciences, et s’attache à ancrer l’écriture dans le quotidien. Elle offre de nombreux conseils extrêmement pertinents, des idées pour trouver le lieu idéal pour écrire, des conseils pour s’ouvrir à l’inspiration, pour écouter vraiment (plus on écoute avec attention le monde qui nous entoure, mieux on écrit); elle nous fait découvrir le pouvoir du verbe (les verbes fournissent l’énergie des phrases).

Elle nous apprend pourquoi et comment Écrire apaise et rend heureux.

« Nos vies sont à la fois ordinaires et mythiques. Nous vivons et mourrons, vieillissons en beauté ou tout ridés. Nous nous levons le matin, achetons du fromage blanc, et espérons que nous aurons assez d’argent pour le payer. En même temps, nous avons des cœurs magnifiques qui battent malgré le chagrin et les hivers que nous vivons sur terre. Nous sommes importants et nos vies sont importantes, à vrai dire magnifiques, et tous leurs détails sont dignes d’être rapportés.Voilà comment les écrivains doivent penser, voilà comment nous devons nous asseoir, stylo à la main ».

Natalie Goldberg conseille à ses étudiants de tenir ce qu’elle nomme un « journal de travail », consistant tout simplement à se livrer à « une pratique de l’écriture la plus régulière possible mêlant remarques quotidiennes, notes de lecture, idées, bribes, récits de rêves, fragments de récits, poèmes, enthousiasmes et colère… Dans un désordre propice au foisonnement, une sorte d’atelier à ciel ouvert qui permet de découvrir, petit à petit, comment fonctionne son esprit ».

L’élément de base de sa pratique de l’écriture est « la séquence chronométrée. »Il s’agit de choisir une période de dix, vingt minutes, ou même une heure… Et d’appliquer ce qui suit:

-1 Garder le stylo en mouvement (ne pas s’arrêter pour relire ni faire de pause)

-2 Ne rien raturer

-3 Ne pas se soucier de l’orthographe, de la ponctuation, ni de la grammaire

-4 Se laisser aller complètement (ne pas se censurer)

-5 Ne pas réfléchir. Ne pas essayer d’être logique.

-6 Aller droit au but (même si des choses effrayantes surgissent de votre écriture. Il y a sûrement beaucoup d’énergie à y puiser)

« Voici les règles. Il est important de les suivre, car le but est de percer le brouillard de son esprit, jusqu’à l’endroit où l’énergie n’est plus freinée par les bonnes manières, ni par notre censeur intérieur. »[…]Les pensées spontanées ne sont pas entravées par l’ego, ni par ce mécanisme en nous qui essaie de tout maîtriser et de nous prouver que le monde est solide, durable et logique. Or, le monde n’est pas permanent ».[…] Le moment présent recèle une énergie énorme. »

Autres extraits choisis:

« Au fond, si tu veux devenir un bon écrivain, il faut faire trois choses: beaucoup lire, écouter en profondeur, et beaucoup écrire. Et ne pas trop réfléchir. Entre simplement dans la chaleur et les couleurs des mots, des sons et des sensations et continue à faire courir ton stylo sur la page. »

« Si on lit de bons livres, de bons livres sortiront de nous quand on écrira.[…] Alors, écoute, lis et écris, tout simplement. Peu à peu, tu te rapprocheras de ce que tu as à dire, et tu l’exprimeras avec ta propre voix ».

« Ne te préoccupe ni de ton talent, ni de tes aptitudes: ils croîtront avec la pratique. On apprend à écrire en écrivant. C’est aussi simple que ça ».

-« Utilise des détails originaux lorsque tu écris. La vie est déjà tellement riche que si tu arrives à coucher sur le papier les vrais détails des choses telles qu’elles étaient et telles qu’elles sont, tu as à peine besoin de plus ».

« Plus on écoute avec attention, mieux on écrit ».

« Même quand tu n’es pas entrain d’écrire, tu restes un écrivain. Cela ne te quitte pas. Utilise tes sens comme un animal ».

« Je suis un écrivain. Un écrivain passe forcément beaucoup de temps tout seul à écrire.[…] Chaque fois que je suis désorientée, je me dis: Natalie, tu as prévu d’écrire. Maintenant, écris. Je m’en fiche que tu te sentes toute seule et complètement barge. »

« Reste lié à ton engagement dans cette pratique sauvage, idiote et merveilleuse qu’est l’écriture ».

Et je termine par des extraits de ce texte écrit par Natalie Goldberg, qui répond elle-même à la question qu’elle pose souvent à ses stagiaires: Pourquoi j’écris?

« J’écris parce que je veux vivre éternellement[…] Je suis peinée par l’aspect éphémère de nos vies, par le passage du temps. A la lisière de toutes mes joies est tapie l’angoisse que tout cela va disparaître…[…] J’écris parce que je suis seule et que je traverse le monde seule. Et si je n’écris pas, alors personne ne saura ce qui m’a habité…[…] J’écris parce que je suis folle, schizophrène, et je le sais, et je l’accepte, et parce qu’il faut bien en faire autre chose que d’aller dans une maison de fous. J’écris parce qu’il y a des histoires que les gens ont oublié de raconter… »

istockphoto-968543022-612x612

Rachel Carson. Écrivain, biologiste… Et inspiratrice des débuts du mouvement écologique.

Je viens de lire deux livres de Rachel Carson:(« Le sens de la merveille », et « La mer autour de nous »), qui m’ont permis de découvrir cette femme exceptionnelle et visionnaire.

Née à Pittsburgh en 1927, dès sa plus tendre enfance, Rachel a toujours été fascinée par la nature. Son goût, son amour et son respect pour la nature lui ont été transmis par sa mère, Maria, qui connaissait la botanique autant que les oiseaux et les insectes, et avec laquelle elle explorait les alentours de la maison familiale. Après ses études universitaires à Springdale, près de Pittsburgh, lorsque Rachel rentre dans son village, elle retrouve sa rivière Alleghany entièrement polluée et le paradis de son enfance dévasté par l’industrialisation. Première prise de conscience. Elle s’oriente naturellement vers des études de biologie et travaille au bureau des pêches où elle commence à rédiger des textes à vocation éducative. Mais sa carrière est largement entravée par le fait qu’elle est une femme. Elle choisit alors d’écrire ses articles scientifiques sous le nom de R.L. Carson, car elle savait que son travail ne serait pris au sérieux que si l’auteur était un homme. (On est alors dans les années quarante…).

Dès avant-guerre, consciente des ravages à venir sur la question de l’empoisonnement de l’environnement, au nom d’un soi-disant « progrès », cachant en fait une recherche permanente de profit et d’expansion économique, Rachel Carson défend l’idée qu’en polluant l’air et les océans, en détruisant le littoral, en voulant toujours aller plus loin, l’homme, perverti par son propre pouvoir, précipite sa propre destruction en même temps que celle du monde.

18f5c1f9c31dfd9045d762d7b48adef9

En 1951, elle publie « The sea around us », un livre qui s’est vendu à plus d’un million d’exemplaires aux USA, et dont fut tiré un documentaire éponyme récompensé par un oscar. Bon nombre d’océanographes doivent leur vocation à ce livre. C’est le premier du genre qui parvienne à brosser, pour un large public de non-spécialistes le tableau le plus complet des connaissances océanographiques de l’époque en une langue pleine de vie et de poésie. Traduit en français en 1952, sous le titre « La mer autour de nous », le livre traite des océans et de ses profondeurs, mais aussi des origines et de l’histoire de notre planète et de la vie. C’est une œuvre remarquable à bien des égards. Rachel Carson a beaucoup navigué et son livre est avant tout un « chant d’amour pour l’océan, notre planète et les hommes qui l’ont explorée ».

En 1962, elle publie un autre grand livre; « Le printemps silencieux », qui déclencha un renversement dans la politique nationale américaine envers les biocides,conduisant à une interdiction du DDT et d’autres pesticides. Le monde entier peut lui en être reconnaissant!… Ce livre a clairement contribué à lancer le mouvement écologiste dans le monde.

Extraits:

-« L’univers d’un enfant est original, nouveau et magnifique, riche en merveilles et en enthousiasme. Pour la plupart d’entre nous, c’est notre malheur que cette lucidité, cette aspiration authentique, vers ce qui est beau et sublime, soient affaiblies ou même soient perdues avant même que nous ayons atteint l’âge adulte. Si j’avais la moindre influence sur la bonne fée qui est supposée présider au baptême de tous les enfants, je lui demanderais d’offrir à tout nouveau-né, à son entrée dans le monde, un sens de l’émerveillement si indestructible qu’il persisterait tout au long de sa vie, tel un antidote infaillible contre l’ennui, le désenchantement, et les préoccupations stériles face à des choses factices ». (Le sens la merveille)

-« Le postulat que les rivières, l’atmosphère et les océans sont assez vastes pour absorber tout ce que nous y déversons est totalement absurde ». […] Nous nous comportons comme cette proverbiale ménagère qui chasse la poussière sous le tapis pour qu’elle soit à l’abri des regards. »(Le sens de la Merveille)

Je repense à l’article que j’ai publié le 8 Aout dernier, dans lequel j’exprimais le sentiment de communion que je ressens avec les êtres humains qui ont foulé cette terre avant nous, qui l’ont aimée, et qui nous ont laissé le fruit de leurs recherches ou de leur travail. Rachel Carson a été une des premières à nous ouvrir les yeux sur notre rapport à la Terre et à notre environnement. Et c’est important… Pour moi… Pour nous tous… Elle nous a quitté en 1964. Il m’arrive de me demander ce qu’elle penserait, plus de cinquante ans plus tard, de l’inertie des décisions humaines concernant la préservation de l’environnement en général, et de l’océan en particulier…

Je me suis promis d’avoir une pensée sincère et reconnaissante pour cette femme, la prochaine fois que je  contemplerai l’océan, qu’elle a tant aimé en y consacrant sa vie…

(Si le sujet vous intéresse, vous pouvez également visionner ce lien vers une video présentant Rachel Carson)

Léonard De Vinci – Visite du Clos Lucé à Amboise

Léonard de Vinci est l’un des plus grands esprits de tous les temps. peintre, inventeur, scientifique, ingénieur, philosophe, son intelligence universelle et sa créativité hors du commun continuent à fasciner notre époque et à inspirer artistes, cinéastes et romanciers autant que philosophes, techniciens et intellectuels de toutes sortes.

Toujours intéressée par les sujets concernant le développement de la créativité, et souhaitant redécouvrir ce personnage extraordinaire (« sa vie, son œuvre »!…), j’ai décidé de visiter le Clos Lucé, sa dernière demeure à Amboise, qui abrite aujourd’hui un musée de qualité sur ce génie hors normes.

L’un des aspects les plus fascinants de Léonard de Vinci est son interdisciplinarité. Pour augmenter l’intérêt de ma visite, et essayer de mieux comprendre l’intelligence du maître, j’ai entrepris la lecture du livre écrit par Michaël J Gelb: « Pensez comme Léonard De Vinci ». Dans cet ouvrage passionnant, l’auteur explore les 7 principes léonardiens permettant au mieux de développer sa créativité et de stimuler son imagination.

Ces sept principes, accessibles à tous, sont selon lui les caractéristiques du génie. Les voici:

La  Curiosita  : Il s’agit d’avoir une approche de la vie pleine de curiosité et de garder toujours l’envie d’apprendre. Nous avons cette curiosité naturelle lorsque nous venons au monde; mais seuls les grands esprits gardent ce sens de l’émerveillement (dont j’évoque si souvent l’importance sur ce blog), favorisant un intérêt pour la vie en général et une soif de connaissances sans cesse renouvelée. Léonard de Vinci emmenait partout avec lui des petits carnets dans lesquels il notait tout (ses idées, ses croquis, ses impressions, ses observations). Cette notion de carnet de note qu’on emmène partout avec soi pour y jeter toutes ses idées existe dans toutes les méthodes de développement de la créativité. Léonard de Vinci en a été le précurseur. Mais le désir d’apprendre ne suffit pas. Il faut aussi nourrir son intelligence émotionnelle. Et Léonard de Vinci s’intéressait autant à l’étude des choses qu’à l’observation de la psychologie humaine.

La Dimostrazione : Cela consiste à tirer le meilleur parti de sa propre expérience; L’expérience personnelle est source de sagesse. Il ne faut pas hésiter à mettre ses connaissances à l’épreuve et comprendre que, même si l’on échoue, on peut toujours apprendre de ses erreurs.

La Sensazione : S’attacher au raffinement continu de nos sens, en particulier de la vue, dans le but de raviver nos expériences. Léonard de Vinci, qui regrettait que l’être humain moyen « regarde sans voir, écoute sans entendre, touche sans ressentir, mange sans goûter, se déplace sans la conscience de son corps, respire sans sentir, et parle sans réfléchir » (réflexion d’un précurseur de la pleine conscience?). Pour lui, la vue, l’ouïe, l’odorat, le toucher et le goût sont les clés de toute la richesse de nos expériences. Le développement des sens et en particulier de l’acuité visuelle est essentiel, particulièrement pour les artistes. Lire la suite

Eric Poindron: poète, écrivain inclassable et émoustilleur des imaginations…

unnamed

Je viens de me procurer deux livres de Eric Poindron. Je me demande encore comment j’ai pu passer depuis si longtemps à côté de cet artiste-écrivain-poète atypique, et de ces deux livres étonnants et tellement stimulants pour l’imaginaire!…

Il y a, d’un côté « Le questionnaire » de Eric Poindron, -le livre qu’il vous faudra en partie écrire ou dessiner-,

et de l’autre, « Comment vivre en poète » -300 questions au lecteur et à celui qui écrit.

Les deux ouvrages (publiés aux éditions Le castor astral), sont constitués en partie de questions ouvertes inattendues, parfois loufoques ou absurdes, souvent poétiques, auxquelles le lecteur est invité à répondre. Toutes ces questions sont de véritables « accélérateurs d’imagination », des incitations à « vivre en poète »… Ces deux « livres-jeux sont destinés aux audacieux, aux timides, aux excentriques, aux indécis, aux téméraires, aux prudents, aux raffinés… à tous ceux qui tournent une page comme on pousse la porte d’un cabinet secret », nous dit la quatrième de couverture. La lecture de ces deux ouvrages est enthousiasmante pour tous ceux qui aiment écrire. Répondre à ces questions permet de générer des textes réjouissants qu’on est étonné de voir sortir de sa propre tête! Un vrai plaisir que je conseille à tous ceux qui aiment l’écriture, mais aussi à ceux qui aiment la lecture et la poésie, à tous les curieux, et à tous fantaisistes qui aiment « lâcher la bride » de temps en temps…

extraits:

-« Vivre en poète est un état d’être à fleur de peau, animé par une foi en l’Art et la beauté »

-« Vivre en poète, c’est se sentir comme un électron libre, propulsé en dehors des limites de son champ d’attraction. A la fois joyeux et désespéré, à la fois isolé et confondu à l’Univers… »

Exemples de question posées par Eric Poindron:-« Que cachez-vous derrière votre masque et que cache l’Autre derrière le sien? »ou: « Pourquoi croyez-vous que la lune existe? » ou encore, « Quels sont les trois livres qui n’existent pas que vous voudriez lire? Et quels en seraient les thèmes?

Qui peut mieux présenter ses livres que l’auteur lui-même? Je vous propose de visionner cet interview dans lequel Eric Poindron présente ses deux livres

Eric Poindron s’interesse à la petite histoire de la littérature et à ses excentricités. Il anime également au quotidien le blog « curiosita&caetera », un cabinet de curiosités poétiques en ligne, où il mélange « en un labyrinthe jubilatoire des pistes de lectures, des découvertes bibliophiliques, des fictions ou poèmes, des voyages insolites, des hommages aux jeux d’échecs, des fantômes taquins ou l’histoire de la gastronomie »… Je suis abonnée à très peu de blogs, mais celui-là en fait maintenant partie… Je vous conseille vivement d’y faire une visite en cliquant sur ce lien: « curiosaetcaetera ». Eric Poindron se dit « collectionneur de tout ce que le monde a de surprenant », cela m’interpelle forcément… A ma manière, c’est aussi un peu ce que j’essaie modestement de faire depuis ma plus tendre enfance…… A cela près que pour moi, le « surprenant » doit aussi être beau, ou touchant, ou mystèrieux, mais surtout, surtout… Il doit provoquer l’émerveillement…

Je vous conseille également cet entretien avec Eric Poindron sur le blog de François Betremieux: (Zone critique). Il s’exprime notamment sur cette idée que je trouve assez géniale d’ « Atelier des mots, des pas et des curiosités » qu’il a mis en place sur Paris. (Je ne sais pas s’ils sont maintenus en ce moment, du fait de la crise sanitaire, je n’ai pas trouvé l’information)… Il a aussi pris récemment la direction de la collection « Curiosa & caetera » des éditions du Castor Astral, rééditant des ouvrages étranges et oubliés.

Un poète, écrivain, un érudit à l’imagination débridée; un éditeur, collectionneur d’objets et d’instants insolites, bref! Un personnage qui vaut vraiment le détour… Et un univers qui me ravit…

« Anthologie de l’émerveillement ». Sortie de ce livre de poésie écrit à plusieurs mains, auquel j’ai le plaisir et la fierté d’avoir (modestement) participé…

anthologie-de-l-emerveillement-jean-pierre-bechu-marguerite-chamon

Il y a quelques mois, j’ai écris un article sur un livre que j’avais beaucoup aimé qui s’appelait :  » Osons l’émerveillement « de Philippe Baudassé et Emmanuel Navarro. L’un des auteurs (Philippe Baudassé) a eu la gentillesse de commenter l’article concernant son livre, et l’idée (brillante!…) de s’abonner à mon blog peu de temps après. Il y a quelques semaines, il m’a contacté pour me parler d’un projet éditorial collectif, initié par Jean-Pierre Béchu et Marguerite Chamon, pour lequel il venait d’être sollicité afin d’en écrire la préface. Ayant vu la teneur de mes articles, et le propos de mon blog, il pensait que j’avais  (peut-être) une petite place à prendre dans ce projet et me conseillait de participer à la sélection des textes, qui devait être faite par les initiateurs du projet. L’idée m’a effectivement  immédiatement enthousiasmée. Vous connaissez mon sentiment sur le sujet de la beauté et de l’émerveillement. J’avais par ailleurs besoin d’un petit coup de boost pour retrouver ma motivation à écrire… Que Philippe Baudassé soit ici à nouveau remercié de m’avoir parlé de ce joli projet poétique.

Je me suis donc mise au travail d’écriture et j’ai proposé trois textes. J’ai reçu peu de temps après une réponse positive concernant le choix d’un de mes textes et d’une photo… J’étais ravie de faire partie des 64 auteurs ayant participé à l’écriture de ce livre!…

Il s’agit donc essentiellement de poèmes ou de textes en prose, dans lesquels sont révélés  des instants d’émerveillement devant la beauté qui nous entoure, lorsqu’elle vient nous cueillir, parfois, au détour des chemins de la vie…

J’ai choisi un court extrait de la préface, écrite par Philippe Baudassé, pour vous donner une bonne idée du contenu du livre:

« Voici un livre bienfaisant. Inattendu et pourtant espéré.

Des pages que nous tenons en main, émane le parfum d’une moisson. Gerbe gracile de moments de vie, d’instants suspendus, d’heures nourricières que des regards étonnés et reconnaissants ont su glaner au fil des jours.

[…]En quelques images et mots choisis, l’ouvrage recueille la sève de nos vies. »

Si vous êtes intéressé par cet ouvrage, il peut être commandé directement chez l’éditeur, aux « éditions du net », ou dans n’importe quelle bonne librairie de votre choix… (ainsi que sur les sites FNAC, Cultura etc…)

(.ficheDePrésentation_Anthologiedelémerveillement-)

« Célébration de la beauté »(Roland de Miller). Le livre qui me conforte dans mon envie de tenir ce blog et de persévérer dans ma quête de beauté…

All-focus

Petit matin

Depuis le jour où j’ai créé ce blog, j’ai eu envie de mettre en avant l’importance de la beauté et de l’émerveillement dans nos vies quotidiennes. Mes articles sont essentiellement consacrés à la beauté (dans l’art, dans la nature…), et à l’importance d’entretenir nos facultés d’émerveillement.

Sans trop m’en expliquer les raisons, depuis mon plus jeune âge, j’ai expérimenté le fait que nos capacités d’émerveillement étaient un vecteur essentiel de notre bien-être et de notre joie de vivre…

La lecture de ce livre m’a permis de comprendre de manière concrète le mécanisme qui opère en nous lorsque nous entretenons cette faculté d’émerveillement devant la beauté. Et il m’a conforté dans cet instinct que j’ai, depuis toujours, de la chercher et de m’en nourrir chaque jour.

Pour Roland de Miller, l’auteur de ce livre, la civilisation occidentale, complètement droguée par le mythe de la croissance économique et démographique, court tout droit à son effondrement. L’auteur n’est pas tendre dans ses réflexions sur l’humanité en général, sur la surconsommation, sur l’univers de l’argent et du profit, sur la sacralisation de la technologie, et notamment sur la mentalité des français:  » Ce qui est effarant, ce ne sont pas tant les catastrophes en elles-mêmes que l’aveuglement avec lequel on continue à les répéter par un système suicidaire et intouchable: c’est l’idéologie de la croissance… et de la crétinisation des masses. […] Notre pays est extraordinairement beau et varié mais les français ne s’en montrent pas dignes. Le français, technophile et automobiliste acharné, gros consommateur de pesticides et de médicaments, bouliste, téléspectateur, grégaire mais individualiste, chauvin, souvent fumeur et chasseur, friand de polémique politicienne et de matchs de football mais ignorant en matière de nature, d’écologie et d’art, est un fossoyeur de la Beauté, même s’il ne le veut pas consciemment » (Oui, je vous l’ai dit: il y a des vérités qui sont difficiles à entendre!…). Il ajoute: « Dans quelques décennies, les pays d’Europe n’auront plus qu’un seul visage uniforme à offrir. C’est consternant. On appelle ça la mondialisation. ça me donne la chair de poule! Car ce qui fait la beauté de notre planète, c’est sa diversité, et non son uniformité. Perdre ses racines, sa culture, ses paysages naturels, son folklore, c’est perdre son identité ».[…] Pour des milliards de citadins à travers le monde, le cadre de vie urbain est donc devenu de plus en plus absurde et invivable. »[…] « Il y a des millions d’âmes dans notre monde qui ne peuvent supporter le silence; il leur faut constamment être baignées de bruit et d’agitation. Quel sentiment de la nature peut-il y avoir chez des individus dont les oreilles sont en permanence trépanées par le rugissement des motos, le hurlement des sirènes de police, et des musiques agressives? Cette agitation frénétique est le reflet de la profonde aliénation psychique et spirituelle qui rend nos contemporains incapables de sérénité et d’élan sincère vers la beauté.[…] Désormais, les compétitions sportives, la musique techno, la bagnole, Internet, la politique-spectacle et les milles frivolités de la consommation ostentatoire ont un attrait bien plus fort auprès du grand public que tout ce qu’on pourra dire sur l’Art, la Nature ou la culture. »

L’auteur est plutôt alarmiste: « Nous allons à la catastrophe, nous le savons depuis longtemps mais nous y allons quand même ». Il va très loin dans ses propos (parfois même un peu trop, à la limite de théories complotistes auxquelles je n’adhère pas personnellement). Mais nombreuses de ses affirmations sont tout de même pertinentes, et difficiles à contester, même si elles peuvent déplaire. Et surtout, son propos essentiel sur l’importance capitale de la beauté pour la survie de l’humanité et la manière dont tout cela s’opère en nous, est franchement passionnante. Il constate avec inquiétude que, dans tous les domaines, le sens et la présence de la beauté sont en passe de s’étioler, et déserte nos vies quotidiennes de citadins pressés.

Roland de Miller est ainsi devenu un des précurseurs de ce qu’on appelle « l’écologie profonde », c’est-à-dire la réflexion sur les liens entre l’écologie et la spiritualité. Et j’aime cette phrase dont la lecture a eu un écho tout particulier en moi, sans doute parce qu’elle correspond pleinement à mon ressenti actuel:

pexels-pixabay-414061

« J’ai le sentiment océanique et puissant que dans la valeur suprême de la Beauté, sous ses formes multiples, viennent converger toutes les motivations de mon existence. Tous mes écrits antérieurs aboutissent maintenant à cette quête essentielle. Je sais maintenant que j’ai trouvé mon Graal: ce que j’ai de plus précieux au fond de mon cœur, c’est l’adoration mystique de la Beauté divine de la Création. »

« Toutes les conditions se sont progressivement réunies pour faire de moi un être mystique, à la fois fasciné par les beautés de la Nature et engagé dans le combat chevaleresque pour sa sauvegarde »‘.

« Je reçois les rayons du soleil en plein cœur et je n’aurai de cesse de chanter la magnificence de l’univers ».

« La nature est un talisman: j’y cherche sa vibration magique, des élans et des visions cosmiques… […] J’y cherche aussi une vie, de l’inspiration pour mes jours… » (et là encore, je me reconnais dans cette quête…)

 » Chacun a sa voie. La mienne est celle de la Beauté. Je suis un apôtre de la Beauté ».

Pour Roland de Miller, il est maintenant urgent de redonner à l’écologie ses lettres de noblesse en approfondissant ses dimensions culturelles et philosophiques. Cette approche de l’écologie me touche particulièrement…

« Pour célébrer la beauté cristalline du monde, je crois qu’il faut la porter déjà en soi-même, cultiver un sens de l’harmonie sans lequel nous traversons la vie en aveugles indifférents et bornés. Il y faut un regard de poète, d’artiste ou de créateur engagé au service de la vie et de la Terre. »

« A quoi sert la beauté? A nous rendre plus humains, plus sensibles, c’est-à-dire à élever notre conscience de la Vie et de l’Univers. Rien de moins. »

« Face à la société folle et déboussolée, la célébration de la Beauté comme antidote. C’est le plus grand défi de ma vie ».

« Face à l’actualité qui nous apporte son lot quotidien de laideur, de crimes et de catastrophes, la meilleure façon de se ressourcer et de se fortifier, c’est d’élever son âme et de contempler la beauté ».

L’écologie et l’esthétique sont intimement liées, et derrière le combat écologique, c’est bien la beauté de la Terre qui doit fonder nos vraies motivations et déterminer nos plus profondes raisons de sauvegarder la Nature.

Au niveau individuel, la beauté peut littéralement nous guider spirituellement. Mais l’auteur va encore plus loin:

 » Aujourd’hui, je suis de plus en plus convaincu que la Beauté est une de ces valeurs maîtresses qui peut, au niveau individuel, nous guider spirituellement, et au niveau collectif, enrayer l’effondrement culturel sous le coup de la mondialisation économique. » A propos de l’effondrement culturel, Roland de Miller fait ce constat: « Les gens lisent de moins en moins et c’est dramatique. La culture ne passe pas forcément par le livre mais avec l’abandon de la lecture, disparaissent aussi des qualités intellectuelles essentielles comme la structuration du langage, la diversité du vocabulaire, la concentration mentale, l’imaginaire, la réflexion personnelle, la mémoire collective, la liberté d’opinion, la créativité artistique, le sens de la beauté et du patrimoine ».

pexels-photo-240040

« La beauté ne se perçoit pas du premier coup d’œil. Il y a une éducation des sens. Entraîner, éduquer, affiner ses sens nous permet de garder ou retrouver l’esprit de finesse. Enrichi par le goût de la découverte, de l’aventure et de la méditation solitaire, le sens de la beauté est donc assez personnel. »

« Dans les grandes villes, avec l’explosion des modes, des manières de vivre et des gadgets, est-ce que demain la notion de beauté aura encore un sens? C’est le despotisme de l’insignifiance. Les gens ne s’intéressent plus qu’à eux-mêmes : la maladie mortelle de notre époque c’est le narcissisme.[…] La Beauté qui leur est éventuellement proposée de temps à autre est celle du futile, du clinquant, du prédigéré, du luxe voyant et provocateur, des modes passagères… Cette beauté superficielle, décorative, plus ou moins artificielle, est l’expression de l’ignorance, de la pauvreté intellectuelle et morale » (je vous avais prévenu: certains arguments sont un peu durs à entendre dans ce livre, mais qui peut dire qu’ils sont faux? Ces réflexions me font penser à cette mode des selfies et des réseaux sociaux sur lesquels les gens aiment poster le moindre de leurs faits et gestes, même les plus anodins, comme si leur petite personne était la chose la plus intéressante du monde!))

Le livre est un sacré pavé (600 pages! Quand même!…). Il faut être motivé ( je l’étais!). Mais il est vraiment passionnant. Roland de Miller y fait un usage important de citations, nous faisant découvrir au passage de nombreuses personnalités remarquables (écologistes, artistes, écrivains, philosophes…). Et rien que la bibliographie, à la fin de l’ouvrage, fait 35 pages à elle toute seule!… C’est une mine d’or pour découvrir de nombreux autres livres sur le sujet de la Beauté, de la Nature, de l’art, de l’écologie. Une longue liste de trésors…

Quelques citations du livre:

Nicolas Hulot: « Souvent nous regardons sans voir, nous nous contentons du spectaculaire. Il faut probablement un long parcours initiatique, semé de grands chocs émotionnels, de rencontres bouleversantes qui petit à petit exercent la réceptivité, libèrent la sensibilité, pour enfin accéder à la vue. Les choses insignifiantes deviennent alors remarquables et soudain tout vous parle. »

pexels-jess-vide-4321802

Claire Fabre: « Qui n’a jamais fait dans sa vie l’expérience d’être bouleversé par la beauté d’un paysage, d’un chant d’oiseau, d’une œuvre d’art, ou même d’un geste ou d’un regard? Ces moments fugitifs font oublier toute pesanteur, tout souci, toute barrière culturelle, jusqu’à la notion du temps. C’est l’être qui affleure alors, dans un moment de plénitude où l’homme se trouve à la fois unifié en lui-même et relié au monde. »

Ralph Waldo Emerson: » La Nature sert un des plus nobles besoins de l’homme, à savoir le besoin de beauté. Le monde existe donc pour l’âme dans le but de satisfaire le désir de beauté. J’appelle cela une fin ultime. On ne peut demander ni donner la raison pour laquelle l’âme recherche la beauté. La beauté, en son sens le plus large et le plus profond est une expression de l’univers ».

Dostoïevski: « La beauté sauvera le monde »

John Keats: « La beauté est vérité, la vérité est beauté, voilà tout ce que vous devez savoir, et tout ce qu’il faut savoir ».

Bertrand Vergely:  » L’émerveillement est un art de vivre. Mieux, une condition vitale. Une réponse à un monde désenchanté. Nous pouvons quelque chose face à la tristesse et à la violence du monde. Cela commence par une attitude intérieure, une façon de penser. S’émerveiller, c’est se réveiller. Ce qui nous fait mourir, ce n’est pas la mort, c’est de ne pas vivre. Il n’y a pas d’autre tragique. »

Rachel Carson: « Le monde de l’enfant est pur, neuf et beau, plein de merveilles et d’émotions. C’est notre malheur à la plupart d’entre nous que cette vision clairvoyante et limpide, cet élan instinctif pour ce qui est beau et impressionnant, soient obscurcis et même perdus avant d’atteindre l’âge adulte. Si j’avais une influence sur la bonne fée qui est supposée présider au baptême de tous les enfants, je lui demanderais que son don à chacun soit un sens de l’émerveillement si indestructible qu’il puisse durer toute une vie, comme un antidote infaillible contre l’ennui et le désenchantement ultérieurs, la préoccupation stérile pour des choses artificielles… »

célébration de la Beauté

« Célébration de la Beauté » Ecologie profonde: la femme, la nature, l’art et la spiritualité. de Roland de Miller aux éditions Sang de la Terre.

« Une vie bouleversée » de Etty Hillesum.

Etty_1526912965

Peut-être avez-vous déjà entendu parler de Etty Hillesum? Il y est souvent fait référence aujourd’hui dans les livres traitant de la joie intérieure, comme ceux de Thierry Jansen, Frédéric Lenoir ou Alexandre Jollien, sans doute parce que les épreuves effroyables qu’Etty Hillesum a traversées semblent n’avoir jamais atteint sa joie de vivre, ni sa confiance dans la vie, et dans l’homme. Cette jeune femme juive, morte à l’âge de 29 ans à Auschwitz, a tenu un journal, entre 1941 et 1943: il en résulte un document extraordinaire, tant par la qualité littéraire que par la foi qui en émane.

La portée de ses écrits va bien au delà de l’histoire juive et de la déportation. Ses observations sur sa propre nature et l’évolution de sa vie intérieure peuvent toucher tout le monde. Lors de sa publication, en 1981, le journal d’Etty connait un succès foudroyant. En l’espace de quelques mois, il ne connut pas moins de huit réimpressions. En fait, c’est la personnalité de Etty et son étonnant cheminement intérieur qui, tout de suite, suscitent l’admiration. Etty alliait la curiosité intellectuelle de son père au caractère passionné de sa mère. Écrire était une nécessité vitale pour elle. « Le pire pour moi serait d’être privée de papier et de crayon pour faire le point de temps à autre – pour moi, c’est une absolue nécessité, sinon à la longue, quelque chose éclatera en moi et m’anéantira de l’intérieur », dit-elle. Sa courte vie est jalonnée de relations amoureuses avec des hommes beaucoup plus âgés qu’elle. Elle ne s’en cache pas, étudie ses propres travers, mais parle aussi de son évolution spirituelle (elle est profondément croyante), et du cheminement de sa réflexion sur les choses de la vie. Dans son journal, ses écrits, ses pensées intimes et ses émotions ne sont protégées par aucun secret. Elle livre ses pensées telles qu’elles sont, avec une sincérité bouleversante. Et c’est en cela qu’elle peut toucher tout le monde.

Une vie bouleversée J’ai pris l’habitude, lorsque je lis un livre, d’en souligner les plus beaux passages. Or, très rapidement, à la lecture de « Une vie bouleversée », je me suis vite rendu compte que je soulignais presque tout!… Certaines phrases m’ont émue aux larmes. Etty est parvenue à décrire des sentiments et des impressions qu’il m’est arrivé de ressentir, sans avoir eu, peut-être, l’audace de les exprimer moi-même. On se juge soi-même parfois un peu sévèrement et Etty Hillesum nous montre qu’il est important d’avoir un minimum d’indulgence envers nos propres cheminements parfois chaotiques. Elle nous parle sans filtre de ses émotions, ses peurs, ses doutes, ses questionnements. Et je pense que c’est en cela que chacun peut y reconnaitre des parcelles de ses propres méandres.

Extraits choisi:

-« La vie est si curieuse, si surprenante, si nuancée, et chaque tournant du chemin nous découvre une vue entièrement nouvelle. La plupart des gens ont une vision conventionnelle de la vie, or il faut s’affranchir intérieurement de toutes les représentations convenues, de tous les slogans, de toutes les idées sécurisantes, il faut avoir le courage de se détacher de tout, de toute norme et de tout critère conventionnel, il faut oser faire le grand bon dans le cosmos: alors la vie devient infiniment riche, elle déborde de dons, même au fond de la détresse. »

-« Je touche ici à un point essentiel. Quand je trouvais belle une fleur, j’aurais voulu la presser sur mon cœur ou la manger. C’eût été plus difficile avec d’autres beautés naturelles, mais le sentiment était le même. J’avais une nature trop sensuelle. Ce que je trouvais beau, je le désirais de façon beaucoup trop physique, je voulais l’avoir. Aussi j’avais toujours cette sensation pénible de désir inextinguible, cette aspiration nostalgique à quelque chose que je croyais inaccessible; […] L’intensité de ces sentiments était précisément ce qui me faisait croire que j’étais née pour créer des œuvres d’art. »

-« La vie et les rapports humains sont nuancés à l’infini. Il n’y a jamais rien d’absolu ou d’objectivement vrai -je le sais, mais encore faut-il que ce savoir vous entre dans le sang, dans la chair et pas seulement dans la tête, il faut le vivre ».

-« La source vitale doit toujours être la vie elle-même, non une autre personne. Beaucoup de gens, des femmes surtout, puisent leurs forces chez un autre être, c’est lui leur source vitale, non la vie elle-même. Situation fausse, défi à la nature ».

-« Nous avons tous les deux des rythmes de vie tout à fait différents; il faut laisser à chacun la liberté de vivre selon sa nature. A vouloir modeler l’autre sur l’image qu’on se fait de lui, on finit par se heurter à un mur et l’on est toujours trompé, non par l’autre, mais par ses propres exigences […]. On ne réfléchira jamais trop à la nécessité de se libérer vraiment de l’autre, mais aussi de lui laisser sa liberté en évitant de se former de lui une représentation déterminée. »

-« …Ce besoin, cette fantaisie ou cette chimère de vouloir posséder un seul être pour toute une vie, il faut absolument le réduire en miettes. Ce désir d’absolu, il faut le pulvériser. Et ce ne sera pas un appauvrissement de l’être, mais justement un enrichissement. Accepter dans les liaisons un commencement et une fin, y voir un fait positif et non une raison de tristesse. »

-« Certitude de plus en plus ferme de ne devoir attendre des autres ni aide, ni soutien, ni refuge, jamais. Les autres sont aussi incertains, aussi faibles, aussi démunis que toi-même. Je ne crois pas qu’il soit dans ta nature de trouver auprès d’un autre les réponses à tes questions. Tu seras toujours renvoyée à toi-même. Il n’y a rien d’autre. Le reste est fiction. Mais c’est dur d’être ramenée sans cesse à cette vérité. Surtout en tant que femme. Quelque chose te poussera toujours à te perdre dans un autre, dans « l’être unique ». Encore une fiction -une belle fiction, certes.[…] Et lorsqu’on découvre à vingt sept ans des vérités aussi dures, cela vous remplit de désespoir, de solitude et d’angoisse, mais vous donne aussi un sentiment d’indépendance et de fierté. Je suis confiée à ma seule garde et devrai me suffire à moi-même ».

-« Je ne suis pas la seule à être fatiguée, malade, triste ou angoissée, je le suis à l’unisson de millions d’autres à travers les siècles, tout cela c’est la vie; la vie est belle et pleine de sens dans son absurdité, pour peu qu’on sache la porter tout entière en soi dans son unité ».

-« Il faut accepter toutes les contradictions; tu voudrais les fondre en un grand tout et les simplifier d’une manière ou d’une autre dans ton esprit, parce qu’alors la vie te deviendrait plus simple. Mais elle est justement faite de contradictions, et on doit les accepter comme éléments de cette vie […]. Laisse la vie suivre son cours, et tout finira par s’ordonner ».

-« Je remarque que mes facultés d’observation enregistrent tout sans faillir avec en plus une sorte de joie. En dépit du poids des choses, de ma fatigue, de ma souffrance, de tout, il me reste au moins ma joie, la joie de l’artiste à percevoir des choses et à les transformer dans son esprit en une image personnelle ».

-« Dévorer des livres, comme je l’ai fait depuis ma plus tendre enfance, n’est qu’une forme de paresse. Je laisse à d’autres le soin de s’exprimer à ma place. Je cherche partout la confirmation de ce qui fermente et agit en moi, mais c’est avec mes mots à moi que je devrais essayer d’y voir clair. […] pour toucher les autres à travers moi, je dois y voir clair et je dois m’accepter moi-même. Depuis des années, j’emmagasine, j’accumule dans un grand réservoir, mais tout cela devra bien ressortir un jour, sinon j’aurai le sentiment d’avoir vécu pour rien, d’avoir dépouillé l’humanité sans rien lui donner en retour. Peut-être ma mission est-elle de m’expliquer vraiment, avec tout ce qui me harcèle, me tourmente et appelle désespérément en moi solution et formulation. Car ces problèmes ne sont pas seulement les miens, mais ceux de beaucoup d’autres. »

– » A Deventer, les journées étaient de grandes plaines ensoleillées, chaque jour formait un tout sans rupture, j’étais en contact avec Dieu et avec tout les hommes, probablement parce que je ne voyais personne. Il y avait des champs de blé que je n’oublierai jamais, auprès desquels je me serais presque agenouillée. »

-« J’ai tenu des discours extravagants à la lune éternelle. Cette bonne lune n’est pas née d’hier. Des gens comme moi, elle a dû en voir souvent, et de toutes façons, elle en a vu d’autres ».

-« Je me sens parfois comme un pieu fiché au bord d’une mer en furie, battu de tous côtés par les vagues. Mais je reste debout, j’affronte l’érosion des années. Je veux continuer à vivre pleinement ».

Ce ne sont là que quelques extraits d’un journal extrêmement riche de mille choses profondément humaines. J’espère vous avoir donné un peu envie de lire le livre. Il est fort probable que ce qui vous touchera dans les écrits de Etty Hillesum soit différent. C’est ce qui en fait tout l’intérêt.

La poésie peut changer nos vies…

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai découvert la poésie à l’école… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette découverte ne m’a pas laissé de souvenirs très marquants. J’ai toujours aimé lire et écrire, mais, comme beaucoup de gamins, et bien à tort,  je considérais la poésie comme un style un peu désuet et un peu trop éloigné de nos modes d’expression actuels pour parvenir à y être vraiment sensible. Mais récemment, en me plongeant dans l’univers des Haïkus (poèmes très courts), sur lesquels je viens d’écrire un article, j’ai (enfin!) complètement redécouvert la puissance des mots et des sons, et la force étonnante et inattendue de la poésie.

soyez-poete-de-votre-vie-9782228904483_0J’ai retrouvé un livre acheté il y a bien longtemps, puis abandonné pendant plusieurs années sur une étagère (cela m’arrive souvent!), qui s’intitule « Soyez poète de votre vie », écrit par Jacques de Coulon. La lecture de ce livre m’a clairement fait comprendre pourquoi et comment la poésie peut nous aider à vivre mieux. Difficile à croire, mais les mots ont un pouvoir magique. J’ai appris que la lecture d’un poème entraîne véritablement des réactions organiques.  Par leurs sonorités, leurs couleurs ou le rythme de leur agencement, ils s’habillent d’images et agissent sur nous en profondeur, calmant l’agitation mentale. La poésie libère véritablement nos émotions et notre imaginaire. Elle nous vivifie et nous élève.

Il y a aujourd’hui un certain renouveau poétique. Les jeunes redécouvrent la poésie, par le biais des haïkus, qui reviennent à la mode ces dernières années, et surtout, bien-sûr, par l’intermédiaire du slam. « Certains jeunes semblent repus : saturés d’informations, leur esprit s’ouvre worldwide par écrans interposés mais, revenus de tout, ils ne s’émerveillent plus de rien. La poésie leur donnera une nouvelle fraîcheur », nous dit Jacques de Coulon.

De mon côté, moi aussi, je découvre peu à peu, et avec bonheur, tout ce que la magnifique suggestion de Hölderlin peut apporter à ma vie:

« Il faut habiter poétiquement le monde » disait-il…  Et lorsqu’il parlait « d’habiter poétiquement le monde », il ne suggérait pas simplement de se mettre à écrire des poèmes. Son invitation consistait, beaucoup plus largement, à nous inciter à retrouver nos facultés d’émerveillement et notre sens de la beauté, dans tous les aspects de nos vies. Et cette suggestion d’habiter poétiquement le monde est d’ailleurs, depuis le début, le thème essentiel de ce blog, mais aussi ma philosophie de vie en général, et le premier commandement de ma religion personnelle…

Mais ceci dit, écrire de la poésie est un chemin de plus, parmi d’autres, pour parvenir à retrouver ses facultés d’émerveillement…

« Les gens courent et s’affairent, ployant sous le poids de leurs soucis. Le plus souvent, ils évoluent dans un matérialisme crasse et leur vie tourne autour du métro-boulot-dodo. Que leur manque-t-il? Un brin de poésie, une petite étoile qui danse dans leur ciel intérieur »

Cette dernière phrase me fait beaucoup réfléchir à l’utilité qu’aurait pu revêtir pour le monde occidental, cette pause étrange que nous  impose la crise sanitaire que nous traversons depuis plus d’un an maintenant. Ne faudrait-il pas essayer de percevoir dans cette période qui nous oblige à lever le pied dans nos activités et nos déplacements, une occasion, même ponctuelle, de se tourner vers notre  intériorité. Trop impatients de retrouver leur rythme d’avant, leurs interactions sociales, leur consumérisme, leur agitation  habituelle, trop de gens ne perçoivent malheureusement pas la possibilité  que cette étrange pause imposée peut nous offrir, malgré tout. Nous avons un esprit, et cet esprit est capable de s’évader vers des paysages magnifiques, ceux qu’on connait, ou ceux qu’on peut imaginer.  Et surtout, Il nous permet de nous envoler sur les ailes du rêve… « Plutôt que de traîner notre spleen dans les couloirs gris de l’affliction ou de gamberger des idées noires, essayons de  rêver en couleurs,[…] Pourquoi fixer l’esprit sur la douleur alors qu’il peut voyager partout? », nous suggère ce livre sur la poésie…

Nous avons en ce moment, plus de temps pour rêver mais aussi plus de temps pour lire… Pour redécouvrir les grands auteurs, les philosophes, et les poètes… Or, la poésie nous aide vraiment, de bien des manières, à traverser les circonstances difficiles.

Extraits du livre:

« Le poète nous apprend à sortir du ventre immense de nos mégapoles pour nous tourner vers les fleurs, les arbres, les nuages dans le ciel… Pour comprendre aussi leur langage ».

« Qui de nos jours sait encore écouter la nature et comprend sans efforts le langage des fleurs et des choses muettes? », nous dit Baudelaire.

« Nous passons à côté de l’essentiel, qui se trouve dans les plus petites choses, ces étincelles d’éternité, telle cette minuscule fleur qui éclaire la forêt. Il ne s’agit donc pas de nier notre monde ni même de s’en détourner, mais bien de le rendre incandescent dans la lumière d’une nouvelle conscience ».

« Imaginer, créer : le poète fait exister des mondes nouveaux […]Vous pouvez certes échapper à la morosité ambiante dans les paradis artificiels des drogues ou du cyberespace. Vous pouvez aussi le faire sous le ciel d’azur de la poésie. A vous de choisir! »

« Rêver sa vie! Vivre son rêve! Mais qui sait encore vivre ses propres rêves en allant chercher ses propres perles au fond de son imaginaire?.[…]Nourrir son imaginaire… Nous vivons dans un monde saturé d’images qui, le plus souvent configurent notre intériorité aux normes marchandes du système. Or, l’image enferme l’esprit dans une seule représentation voulue par son concepteur. (Pensons à la publicité!). Le mot libère au contraire l’imaginaire et nous permet de créer notre propre représentation. Richesse de l’imaginaire qui vous permet de vous approprier le monde en le recréant en vous! Conclusion: pour développer cette créativité, LISEZ plutôt que de vous laisser imposer vos représentations. Et si la lecture se porte sur des poèmes, des contes ou des mythes, le jardin de votre âme fleurira d’autant mieux. Ces textes contiennent en effet de nombreux symboles qui sont autant de noyaux d’énergie venus du fond des âges et qui agiront puissamment sur votre vie. Le rêve vient habiter la vie ordinaire pour la tisser de fils d’or et lui donner de l’étoffe. Elle devient alors extraordinaire ».

« Le poète brode la réalité pour en faire une toile plus belle. La poésie s’inscrit en lettres d’or sur la trame de la vie ».

Quelques conseils puisés dans ce livre pour écrire de la poésie:

« Arrêtez-vous dans la nature et contentez-vous d’ouvrir vos cinq sens, sans faire quoi que ce soit, sans penser à quoi que ce soit. Ici et maintenant ».[…]

Rimbaud suggère d’élargir notre perception en observant la nature avec toute la palette de nos sens : « Nous avons seulement à ouvrir nos sens à la sensation, puis fixer avec des mots ce qu’ils ont reçu. Notre unique soin doit être d’entendre, de voir et de noter. Sans choix, sans intervention de notre intelligence. Le poète doit écouter et noter (quoi que ce soit) ».

 » Suivre les conseils de Rimbaud: Tout observer, en pleine conscience et sans le filtre du mental, puis noter les sensations dans un carnet qui contiendra les premiers balbutiements de poésie. Dans ce déferlement du ressenti, vous allez découvrir quelques perles. Noter! noter toute cette profusion de sensations! Les sensations alimentent les passions qui soulèvent notre vie en l’enflammant. Sans passions, nous sommes des branches de bois mort ».

L'agenda du poète

  Il y a aussi aux éditions de La Martinière, un autre livre très ludique pour découvrir l’écriture poétique. Destiné à l’origine à de jeunes lecteurs, « L’agenda du (presque) poète » de  Bernard Friot, fonctionne comme un agenda poétique : Chaque page correspond à un jour de l’année et propose une séquence sur un point précis : qu’est-ce qu’un poème? D’où vient l’inspiration? C’est quoi un alexandrin?…

On comprend ainsi que la poésie ce n’est pas seulement des mots mais aussi l’éveil de tous les sens. Et que tous ces sens contribuent au développement de la créativité et de l’imagination.

Un ouvrage qui se démarque des classiques de la poésie, et donne envie de s’essayer à l’écriture poétique.