La poésie peut changer nos vies…

Comme beaucoup d’entre vous, j’ai découvert la poésie à l’école… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cette découverte ne m’a pas laissé de souvenirs très marquants. J’ai toujours aimé lire et écrire, mais, comme beaucoup de gamins, et bien à tort,  je considérais la poésie comme un style un peu désuet et un peu trop éloigné de nos modes d’expression actuels pour parvenir à y être vraiment sensible. Mais récemment, en me plongeant dans l’univers des Haïkus (poèmes très courts), sur lesquels je viens d’écrire un article, j’ai (enfin!) complètement redécouvert la puissance des mots et des sons, et la force étonnante et inattendue de la poésie.

soyez-poete-de-votre-vie-9782228904483_0J’ai retrouvé un livre acheté il y a bien longtemps, puis abandonné pendant plusieurs années sur une étagère (cela m’arrive souvent!), qui s’intitule « Soyez poète de votre vie », écrit par Jacques de Coulon. La lecture de ce livre m’a clairement fait comprendre pourquoi et comment la poésie peut nous aider à vivre mieux. Difficile à croire, mais les mots ont un pouvoir magique. J’ai appris que la lecture d’un poème entraîne véritablement des réactions organiques.  Par leurs sonorités, leurs couleurs ou le rythme de leur agencement, ils s’habillent d’images et agissent sur nous en profondeur, calmant l’agitation mentale. La poésie libère véritablement nos émotions et notre imaginaire. Elle nous vivifie et nous élève.

Il y a aujourd’hui un certain renouveau poétique. Les jeunes redécouvrent la poésie, par le biais des haïkus, qui reviennent à la mode ces dernières années, et surtout, bien-sûr, par l’intermédiaire du slam. « Certains jeunes semblent repus : saturés d’informations, leur esprit s’ouvre worldwide par écrans interposés mais, revenus de tout, ils ne s’émerveillent plus de rien. La poésie leur donnera une nouvelle fraîcheur », nous dit Jacques de Coulon.

De mon côté, moi aussi, je découvre peu à peu, et avec bonheur, tout ce que la magnifique suggestion de Hölderlin peut apporter à ma vie:

« Il faut habiter poétiquement le monde » disait-il…  Et lorsqu’il parlait « d’habiter poétiquement le monde », il ne suggérait pas simplement de se mettre à écrire des poèmes. Son invitation consistait, beaucoup plus largement, à nous inciter à retrouver nos facultés d’émerveillement et notre sens de la beauté, dans tous les aspects de nos vies. Et cette suggestion d’habiter poétiquement le monde est d’ailleurs, depuis le début, le thème essentiel de ce blog, mais aussi ma philosophie de vie en général, et le premier commandement de ma religion personnelle…

Mais ceci dit, écrire de la poésie est un chemin de plus, parmi d’autres, pour parvenir à retrouver ses facultés d’émerveillement…

« Les gens courent et s’affairent, ployant sous le poids de leurs soucis. Le plus souvent, ils évoluent dans un matérialisme crasse et leur vie tourne autour du métro-boulot-dodo. Que leur manque-t-il? Un brin de poésie, une petite étoile qui danse dans leur ciel intérieur »

Cette dernière phrase me fait beaucoup réfléchir à l’utilité qu’aurait pu revêtir pour le monde occidental, cette pause étrange que nous  impose la crise sanitaire que nous traversons depuis plus d’un an maintenant. Ne faudrait-il pas essayer de percevoir dans cette période qui nous oblige à lever le pied dans nos activités et nos déplacements, une occasion, même ponctuelle, de se tourner vers notre  intériorité. Trop impatients de retrouver leur rythme d’avant, leurs interactions sociales, leur consumérisme, leur agitation  habituelle, trop de gens ne perçoivent malheureusement pas la possibilité  que cette étrange pause imposée peut nous offrir, malgré tout. Nous avons un esprit, et cet esprit est capable de s’évader vers des paysages magnifiques, ceux qu’on connait, ou ceux qu’on peut imaginer.  Et surtout, Il nous permet de nous envoler sur les ailes du rêve… « Plutôt que de traîner notre spleen dans les couloirs gris de l’affliction ou de gamberger des idées noires, essayons de  rêver en couleurs,[…] Pourquoi fixer l’esprit sur la douleur alors qu’il peut voyager partout? », nous suggère ce livre sur la poésie…

Nous avons en ce moment, plus de temps pour rêver mais aussi plus de temps pour lire… Pour redécouvrir les grands auteurs, les philosophes, et les poètes… Or, la poésie nous aide vraiment, de bien des manières, à traverser les circonstances difficiles.

Extraits du livre:

« Le poète nous apprend à sortir du ventre immense de nos mégapoles pour nous tourner vers les fleurs, les arbres, les nuages dans le ciel… Pour comprendre aussi leur langage ».

« Qui de nos jours sait encore écouter la nature et comprend sans efforts le langage des fleurs et des choses muettes? », nous dit Baudelaire.

« Nous passons à côté de l’essentiel, qui se trouve dans les plus petites choses, ces étincelles d’éternité, telle cette minuscule fleur qui éclaire la forêt. Il ne s’agit donc pas de nier notre monde ni même de s’en détourner, mais bien de le rendre incandescent dans la lumière d’une nouvelle conscience ».

« Imaginer, créer : le poète fait exister des mondes nouveaux […]Vous pouvez certes échapper à la morosité ambiante dans les paradis artificiels des drogues ou du cyberespace. Vous pouvez aussi le faire sous le ciel d’azur de la poésie. A vous de choisir! »

« Rêver sa vie! Vivre son rêve! Mais qui sait encore vivre ses propres rêves en allant chercher ses propres perles au fond de son imaginaire?.[…]Nourrir son imaginaire… Nous vivons dans un monde saturé d’images qui, le plus souvent configurent notre intériorité aux normes marchandes du système. Or, l’image enferme l’esprit dans une seule représentation voulue par son concepteur. (Pensons à la publicité!). Le mot libère au contraire l’imaginaire et nous permet de créer notre propre représentation. Richesse de l’imaginaire qui vous permet de vous approprier le monde en le recréant en vous! Conclusion: pour développer cette créativité, LISEZ plutôt que de vous laisser imposer vos représentations. Et si la lecture se porte sur des poèmes, des contes ou des mythes, le jardin de votre âme fleurira d’autant mieux. Ces textes contiennent en effet de nombreux symboles qui sont autant de noyaux d’énergie venus du fond des âges et qui agiront puissamment sur votre vie. Le rêve vient habiter la vie ordinaire pour la tisser de fils d’or et lui donner de l’étoffe. Elle devient alors extraordinaire ».

« Le poète brode la réalité pour en faire une toile plus belle. La poésie s’inscrit en lettres d’or sur la trame de la vie ».

Quelques conseils puisés dans ce livre pour écrire de la poésie:

« Arrêtez-vous dans la nature et contentez-vous d’ouvrir vos cinq sens, sans faire quoi que ce soit, sans penser à quoi que ce soit. Ici et maintenant ».[…]

Rimbaud suggère d’élargir notre perception en observant la nature avec toute la palette de nos sens : « Nous avons seulement à ouvrir nos sens à la sensation, puis fixer avec des mots ce qu’ils ont reçu. Notre unique soin doit être d’entendre, de voir et de noter. Sans choix, sans intervention de notre intelligence. Le poète doit écouter et noter (quoi que ce soit) ».

 » Suivre les conseils de Rimbaud: Tout observer, en pleine conscience et sans le filtre du mental, puis noter les sensations dans un carnet qui contiendra les premiers balbutiements de poésie. Dans ce déferlement du ressenti, vous allez découvrir quelques perles. Noter! noter toute cette profusion de sensations! Les sensations alimentent les passions qui soulèvent notre vie en l’enflammant. Sans passions, nous sommes des branches de bois mort ».

L'agenda du poète

  Il y a aussi aux éditions de La Martinière, un autre livre très ludique pour découvrir l’écriture poétique. Destiné à l’origine à de jeunes lecteurs, « L’agenda du (presque) poète » de  Bernard Friot, fonctionne comme un agenda poétique : Chaque page correspond à un jour de l’année et propose une séquence sur un point précis : qu’est-ce qu’un poème? D’où vient l’inspiration? C’est quoi un alexandrin?…

On comprend ainsi que la poésie ce n’est pas seulement des mots mais aussi l’éveil de tous les sens. Et que tous ces sens contribuent au développement de la créativité et de l’imagination.

Un ouvrage qui se démarque des classiques de la poésie, et donne envie de s’essayer à l’écriture poétique.

 

Bernard Werber: quelques conseils aux jeunes écrivains.

Lorsqu’on aime écrire, on est souvent avide de conseils et on cherche surtout des réponses auprès des grands écrivains du passé ou du présent, dans des livres, des articles ou des interviews télévisés… Je suis tombée récemment sur plusieurs vidéos très intéressantes et notamment des interviews d’Amélie Nothomb et de Bernard Werber, deux écrivains que j’apprécie tout particulièrement. La première pour sa personnalité fantasque et inspirante, pour son esprit, aussi… Le deuxième pour son intelligence, son humour et sa faculté d’ insuffler de la spiritualité dans des sujets plutôt scientifiques. Le propos ici est de donner quelques conseils aux personnes qui veulent se lancer dans l’écriture de romans.

Si, comme moi, le sujet vous intéresse, je vous propose donc cette semaine de vous pencher sur les conseils de Bernard Werber… (dans un prochain article, je vous ferai partager ceux d’Amélie Nothomb).

Si vous avez très peu de temps, vous pouvez bien-sûr juste visionner ce film très court: 5 conseils aux jeunes auteurs

Bernard Werber y donne, de manière très concise, cinq précieux conseils aux auteurs débutants. Toujours bons à prendre!…. C’est rapide, mais à mon goût, cela me donne juste envie d’en apprendre davantage… Si c’est aussi votre cas, je vous propose de visionner cette interview conduite par la chaine « inspiration créative »

Dans cette vidéo, Il nous parle plus longuement de ses recettes personnelles pour stimuler son inspiration, sa créativité,  et nous explique sa manière de travailler. L’interview est très bien menée et les réponses sont passionnantes pour ceux qui aiment inventer et écrire des histoires…

Je ne peux m’empêcher d’ajouter cette intervention de Bernard Werber, qui concerne l’écriture de sa série de romans sur les fourmis. Là, c’est vraiment pour le plaisir!… Je vous promets un très bon moment… Il s’agit d’un discours filmé dans le cadre des émissions « Ted X », (souvent très réussis). Bernard Werber nous raconte comment l’écriture l’a littéralement « guéri » en lui donnant le moyen de s’exprimer. Le film dure une vingtaine de minutes, mais prenez le temps de le regarder en entier. C’est un discours plein d’humour et intelligent qui fait du bien…Du pur Bernard Werber. Toujours enthousiasmant…

J’ai également trouvé un article très complet et particulièrement bien écrit sur le site « La plume de Laurence » , qui s’appelle « Comment écrire en suivant les conseils de Bernard Werber ». Je me permets de mettre un lien pour vous inviter à le lire, parce qu’il est très réussi et résume, par écrit, l’essentiel de ce qui est dit dans les reportages, et de ce qu’on peut apprendre dans les masters-classes que Bernard Werber propose régulièrement. Ce qui permet de prendre des notes et de garder ces précieux conseils. A voir en cliquant  (ici-le blog de Laurence)

Si vous aimez autant que moi cet auteur particulièrement doué, voici un lien vers le site personnel de Bernard Werber. Et j’ai particulièrement apprécié cette vidéo extraite de son site personnel au sujet de la pandémie . Certes, c’est un peu hors sujet en ce qui concerne l’écriture, mais je trouvais intéressant d’avoir l’avis de Bernard Werber sur la crise sanitaire actuelle…

Un site très bien fait qui donne envie de lire ses romans et de le suivre dans ses délires de scientifique curieux de tout. Vous y trouverez d’autres liens vers de nombreuses vidéos. A vous de choisir…

Bernard Werber photo france 3 régions

Il y a bien longtemps que j’aime lire et écouter Bernard Werber. Il fait partie de ces auteurs dont je ne ma lasse pas de lire ou d’écouter les histoires. J’avais particulièrement aimé son roman « l’empire des anges », dont je conseille souvent la lecture. Cette histoire a considérablement changé ma façon d’imaginer ce qui, éventuellement, pouvait être une éventuelle « vie après la vie »!…

Découvrir l’écriture des haïkus… et tout ce que cette pratique peut vous apporter…

pexels-photo-1558336Vous connaissez sans doute ces très courts poèmes venus du japon, qu’on appelle les haïkus. Un exemple:

Dans le creux de ma main

en tremblant tristement

s’éteint une luciole

(Kyoraï)

Il y a quelque chose de très attirant dans ces mini-poèmes dont l’origine remonte au 16ème siècle. Leur simplicité de forme y est sans doute pour beaucoup. Mais il y a tellement plus à comprendre…

Je pensais déjà connaitre un peu le sujet. Mais je viens de lire le livre « L’art du haïku- Pour une philosophie de l’instant » écrit par Vincent Brochard et Pascale Senk, dans lequel sont présentés des textes de Bashô, Issa et Shiki, trois des plus grands maîtres du genre. Et j’ai découvert un tas de raisons qui m’ont donné envie d’approfondir mes connaissances en la matière. L’écriture de haïkus se révèle beaucoup plus enrichissante que je ne l’imaginais…

J’ai compris grâce à la lecture de ce livre à quel point la pratique du haïku peut influencer l’existence de celui qui en lit, mais aussi, et surtout, de celui qui en écrit. « Les haïkistes sont un peu comme des chasseurs de papillons. Ils avancent dans la vie avec leur filet ». Et lorsque celle-ci leur amène une minute joyeuse, ou miraculeuse, ou touchante, bref un instant d’émotion, ils osent « la notation spontanée d’un instant d’élite » (expression utilisée par Roland Barthes pour qualifier l’écriture de haïkus). Le livre nous amène à comprendre de quelle manière « la fréquentation régulière des haïkus affine notre capacité à reconnaitre et à conserver les évènements heureux de notre vie. Ils sont réellement une invitation à capter les plaisirs les plus simples, ceux qu’on atteint quand on prend le temps de s’arrêter et de regarder ». Mais l’écriture de haïkus ne peut pas non plus se réduire à de jolis instants. Elle consiste aussi à accueillir tous les fruits d’une véritable attention au réel; des instants d’éveil, comme des « balafres légères tracées dans le temps » (encore une expression de Roland Barthes qui est souvent cité dans le livre).

Regarder, écouter, goûter, sentir… L’écriture incisive et directe de Haïkus nous encourage à témoigner des plus infimes découvertes. Mais elle nous oblige à avoir pleinement expérimenté ces sensations pour pouvoir les transmettre. Santoka, maître japonais, disait: « Tout ce qui n’est pas réellement présent dans le coeur ne relève pas du haïku ». Ce qui compte, c’est le paradoxe, la contradiction, ou la surprise, le pur plaisir et la vibration qui en suit la lecture…

Quelques exemples de haïkus:

Par moments les nuages                                  Lune pleine

à ceux-là donnent un répit                              Pourquoi te cacher

qui contemplent la lune                                   on voit ta lumière

(Bashô)                                                              (Mizen)

Pour celui qui cherche l’inspiration, l’immersion dans la nature est incontournable. Pour le haïkiste, la nature n’est pas « l’environnement », mais « l’essence même de l’existence, l’unique source à laquelle on peut toujours s’abreuver. L’homme s’y contemple et y apprend les rythmes justes, l’acceptation et l’humilité ».

Accepter l’impermanence… Entrer dans le monde du haïku revient aussi à faire face à l’impermanence de toutes choses. Tout, dans l’univers naît puis meurt. « La vision de l’existence humaine perçue comme un souffle, un épisode infime, marque l’appartenance du haïku au zen. » Comment alors ne pas sentir naître en soi des sentiments d’humilité et de compassion?

Le haïku est ainsi un des chemins possibles vers la sagesse et l’équilibre intérieur.

Le livre nous donne également les éléments de base pour se lancer dans cette pratique.

Ainsi, pour écrire des haïkus:

-Partez toujours de votre propre expérience, de votre ressenti le plus soudain et le plus profond.

-Ayez toujours un petit carnet sur vous (Mais ce conseil est ,selon moi, valable pour tout le monde, tout le temps, quelle que soit votre activité! et surtout pour les artistes…)

-Ce sont surtout des sentiments imprévus, des impressions inhabituelles, des surprises du quotidien qui vous donneront envie d’écrire un haïku. Comme le recommande le poète Yves Leclair: « Surtout ne pas se mettre à sa table de travail et se dire: je vais écrire maintenant un haïku. Le haïku s’écrit à l’improviste, de lui-même, comme ça, d’un seul trait, en passant ». Retranscrivez l’image principale qui vous a frappé et si possible en 3 vers de 5, 7 et 5 syllabes. Les poètes dérogent quelques fois à cette règle, mais au début, mieux vaut essayer de s’y tenir. Essayez d’écrire ce que vous avez vu, sans jugement, sans longue description, sans vérité générale, sans trop de métaphores ou de figures de style. Allez au plus direct et au plus simple.

« Le haïku ne cherche pas la poésie dans le rêve, l’idéal, l’imaginaire, mais dans la réalité la plus matérielle, la plus anodine. Il ne poursuit pas pas la beauté dans le raffinement, la somptuosité, la grandeur, mais dans la simplicité, la petitesse. Il s’écarte de tout ce qui, sous le prétexte de l’embellir, vient surcharger, travestir, solidifier la spontanéité du vivant. Le haïku tente de capter la vie au plus près de son jaillissement. Par le contact avec la nature qui est son principe, il est avant tout une poésie de la sensation ». Un très bon exercice de dépouillement, de simplicité.

« Par cette disposition de l’âme qu’il réclame, cette écoute de la nature et des rythmes cosmiques à laquelle il convie, le haïku est tout à la fois l’instrument, le signe, la trace d’une expérience humaine vécue dans la vérité ».

Pour se résumer, « le haïku est un exercice spirituel, une manière de vivre et de mourir. Il indique une certaine attitude à l’égard du monde . Il est une école et un chemin. Il est une voie. Une voie vers la beauté. »

                                                             .                                                      Le livre l'art du Haïku                     

  Ce livre est juste un excellent point de départ à la découverte de l’univers passionnant des haïkus.

feuille verte sur pile de livres

A regarder également ce film court sur l’écriture du haïkus…

« Lettres à un jeune auteur ». de Colum Mc Cann chez Belfond.

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Si vous aimez écrire, il est fort probable que vous connaissiez déjà le livre de Rainer Maria Rilke: « lettres à un jeune poète ». Sur le même principe, Colum Mc Cann propose dans son livre ses propres conseils personnels à destination des amoureux d’écriture.

Différent du livre de Rainer Maria Rilke dans son style, plus moderne et plus adapté, peut-être, aux pratiques littéraires actuelles (même si le livre de Rainer Maria Rilke reste toujours un incontournable pour les aspirants écrivains).

Quelques extraits choisis pour vous:

-La panne d’inspiration est une excuse bien trop facile. Tu dois t’asseoir et repousser le vide. Reste à ton bureau. Ne quitte pas la pièce. Ne te laisse divertir d’aucune manière avant d’avoir le sentiment d’avoir vraiment essayé, de t’être vraiment battu. Tu dois y consacrer le temps nécessaire. Si tu n’es pas là, les mots ne viendront pas. C’est aussi simple que cela.[…] L’écrivain est celui qui pose son cul sur la chaise, même s’il a envie de tout sauf ça.

-« Où allez-vous chercher vos idées? » Vous savez quoi? La plupart du temps, les écrivains l’ignorent. Elles sont là, c’est tout. […] Les écrivains s’adressent à leurs obsessions. L’astuce consiste à être ouvert au monde. Il faut écouter. Regarder. Guetter l’inspiration. L’idée générale provient peut-être d’un journal, d’une phrase entendue dans le métro; peut-être est-ce une histoire tapie dans le grenier familial. Elle peut découler d’une photographie, d’un autre livre.

-Aie toujours un carnet sur toi. Trouves-en un qui soit assez souple et assez petit pour tenir dans ta poche. Assez fin pour ne pas t’encombrer. Griffonne dans ses pages à toute occasion. Images, idées, bribes de dialogues, recueillies dans la rue, descriptions- tout ce qui est susceptible, à terme, de se glisser dans une phrase.De simples étincelles, glanées ici ou là…

-Tes personnages doivent être difficiles, compliqués, imparfaits. Ce sont des sacs de nœuds, d’os et de chair, qui vous brisent le cœur.[…] Ce que tu dois faire, c’est créer quelqu’un de réel. Tu dois être capable, en fermant les yeux, d’habiter le corps de ton personnage. le son de sa voix. Le rythme de ses pas. Promène-toi un moment avec elle. Installe-la dans le bazar de ta mémoire.

-L’intrigue compte, bien évidemment, mais elle n’est pas essentielle. Elle sera toujours soumise à ta langue. Ce qui arrive n’est jamais aussi intéressant que la manière dont c’est raconté. N’importe qui peut raconter une grande histoire, mais tout le monde ne chuchotera pas à ton oreille un souffle de beauté.

-Les recherches sont le soubassement de presque tout bon travail d’écriture, poésie comprise. Nous devons être capables de nous projeter dans des vies, des périodes, des géographies éloignées de nous. Cela nécessite des recherches approfondies. Va à la bibliothèque. Google est utile, mais le monde est bien plus vaste que cela.[…] Ouvre les casiers pleins de photographies. Apprend à écouter. […] Concentre-toi sur le petit détail qui révèle tout un monde.

-La prose doit être aussi bien rédigée que la poésie. Cheville des mots que personne n’a encore jamais assemblés. C’est ainsi que l’on obtient un style unique. Il t’arrivera peut-être de passer des semaines sur une seule phrase. Voire des mois. Sans rire.

-Un jeune auteur doit lire. Lire, lire et lire. Comme un aventurier, sans discrimination. […] Tu lis pour t’embraser le cœur. Un bon bouquin fera basculer ton univers. Bouleversera ta façon d’écrire. Nous apprenons à faire en imitant, en résonnant… Si tu ne lis pas, tu ne nourriras jamais ta propre écriture.

-N’oublie jamais qu’écrire, c’est distraire. Oui, ton devoir est de dépeindre le monde, mais aussi de lui apporter un peu de brillance. Mets de la couleur. les meilleurs livres nous gardent éveillés, nous interpellent et nous rendent heureux d’être vivants-aussi bref cela soit-il.

-Fais une pause, une fois de temps à autre. Pars en vacances. Oublie tout, sauf ton carnet. Apprends à retrouver le plaisir d’écrire.

« Lettre à un jeune auteur » est un livre très riche et drôle, « vitaminé », je dirais même!… qui donne envie de s’y remettre! J’y ai puisé beaucoup de conseils enrichissants et extrêmement motivants. Je vous en conseille la lecture si vous aimez écrire. Et si le sujet vous intéresse,prenez une minute pour visionner  cet extrait de La grande librairie consacrée à ce livre.

Citations du jour: extraits du livre « La vie en bleu » de Martin Steffens.

-« Viennent à nous mille choses qu’on ne peut esquiver[…], il faut faire à partir de là et s’en sortir par le haut. Ce qu’il faut, c’est être heureux « à partir  » de la vie, à partir de ce qu’elle est, tantôt banale, tantôt terrifiante, souvent joyeuse… Mais jamais confortable. Il faut partir du donné, si contrariant soit-il, mais faire à partir de ce point d’arrêt imprévu, un point de départ. Improviser sa vie, donc.C’est là toute l’histoire de notre petite vie humaine. C’est ce qui fait de tout vivant un artiste et de toute vie une œuvre. » (Quelle merveille cette phrase!)

-« Grandir en humanité, c’est échanger son cœur de pierre contre un cœur de chair, c’est-à-dire un cœur plus à même de se laisser toucher par le monde. C’est gagner en vulnérabilité ».

-« Laisser le temps au temps, c’est laisser à la vie le temps de ressurgir »…

-« Car quoi qu’on en pense d’ordinaire, il n’y a qu’un danger: s’épargner la souffrance de vivre, la souffrance propre à toute vie. Il est vrai qu’on souffre d’autant plus qu’on vit davantage, qu’on vibre davantage aux beautés de la vie. Aimer la vie, cela suppose de souffrir, de s’ouvrir, de prendre la risque de souffrir. Mais c’est là le plus beau risque qui soit. »

-« Ainsi croit-on que le plus grand bien qu’on puisse faire à l’être qu’on aime est de lui éviter toute souffrance. Or, ce serait désirer pour lui qu’il ne soit une pierre, une amibe, une fougère, enfin quelque chose qui ne sent pas, qui n’aime pas, qui ne vit pas pleinement. Car vivant, sentant, se mouvant dans l’espace risqué de cette vie humaine, l’être que nous aimons rencontrera l’épreuve, nécessairement. Et c’est précisément pour cette raison qu’il aura besoin de notre amour[…] Remettons donc les choses à l’endroit: ce n’est pas parce que nous aimons quelqu’un qu’il faut lui épargner l’épreuve; c’est parce que l’épreuve fait partie de la vie qu’il a d’autant plus besoin de notre amour ».

-« Le bonheur n’est pas au bout du chemin. Le bonheur est la marche même, la joie de vivre ce qu’on doit vivre. Être heureux, c’est, dans cette ascension qui honore notre humanité, accueillir toutes choses: les pics et les falaises, les monts et les vallées, les paysages et l’ombre des bois ».

Juste un livre que tout le monde devrait lire …*****

-« 

« Osons l’émerveillement ». Un livre de Philippe Baudassé et Emmanuel Navarro.

Ce petit livre très court est un trésor que j’ai envie de partager avec vous. Son contenu fait un bien fou, au milieu de l’actualité morose qui a tendance, ces temps-ci, à jeter un voile opaque sur notre horizon…

Déjà, j’aime le titre: « Osons l’émerveillement ». Par les temps qui courent, déclarer croire encore au pouvoir de l’émerveillement est effectivement osé! Il faut s’accrocher sérieusement pour résister à l’accumulation de nouvelles angoissantes!… Mais ce livre a le mérite de nous y aider… Un peu…

Vous savez sans doute que l’émerveillement, sous toutes ses formes, est un des fils conducteurs de mes articles. J’en ai compris l’importance et les bienfaits depuis très longtemps. Et ces derniers mois, il m’est devenu « essentiel » (mot devenu très à la mode!…) d’en rechercher toutes les occasions. La lecture de tous les livres sur le sujet de l’émerveillement m’intéresse donc tout naturellement, et me permet d’en approfondir tous les aspects. J’essaie de garder une certaine foi en ce qu’on appelle la « pensée magique » et surtout je crois aux bienfaits d’un certain regard sur la nature et sur le monde… Mais beaucoup de gens autour de moi objectent que le monde va mal, que tout est bien sombre et que mes arguments en faveur de l’émerveillement sont un peu déconnectés des réalités, voire carrément naïfs… Que la vie m’a gâtée de bien des manières et qu’il est un peu indécent de ma part de parler d’émerveillement à des personnes qui traversent des drames, des guerres et autres catastrophes naturelles… Difficile de répondre à cela, même si je sens, au fond de moi, que ce n’est pas le même sujet!.. Et c’est précisément sur ces arguments-là que ce livre m’a apporté un éclairage un peu différent!. « Osons l’émerveillement » est un petit livre court et très vite lu, mais c’est aussi un des plus enrichissants sur ce sujet.

Voici quelques extraits choisis:

« N’y a-t-il pas quelque chose d’obscène et de déplacé à vouloir inviter chacun à s’émerveiller alors que le fardeau de la vie ne permet pas toujours de savoir comment trouver le pain d’aujourd’hui, la façon d’affronter seul une maladie ou une soudaine perte d’emploi, de trouver comment faire face à un deuil cruel et inattendu? Le décalage semble considérable entre le monde réel dans lequel nous vivons et le monde magique et illusoire du merveilleux ».

« Devant les drames de l’existence-qu’ils soient personnels (maladie, deuil, séparation, perte d’emploi…) ou collectifs (catastrophes naturelles, épidémies, attentats, guerre…)- peut-on encore parler d’émerveillement? Certes, la première pensée se tourne vers l’épreuve qui se présente et ceux qui la traversent.[…] Mais beaucoup indiquent que, sans perdre de vue le drame ni banaliser l’épaisseur de la tragédie, ces instants permettent parfois de trouver aussi et de façon surprenante, un sens renouvelé de la vie. »

« Sans rien opposer,peut-être nous faut-il accepter de perdre la notion de merveilleux de l’enfance, pour trouver celle de l’âge adulte, passée au creuset des difficultés de la vie: purifiée, amplifiée, décomplexée, grandissant au même rythme que notre découverte du monde et de ses trésors ».

« Nous pensons trop vite avoir fait le tour des choses: de soi, de la vie, des autres… N’est-ce pas un peu présomptueux? ».

« L’émerveillement de l’âge adulte consiste à croire que nous avons encore à apprendre des autres, du monde, de la vie, de nous-même et de Dieu peut-être ».

« Et s’il s’agissait en fait de nous donner à nous-même la chance de voir une autre partie de l’univers, insoupçonnée jusque là, ou plutôt de voir le même monde avec un autre regard? Et si l’émerveillement n’était pas autre chose que de regarder ce monde dans son habit de fête au lieu de ne considérer que son âpre nudité? ».

« Une autre sorte de merveilleux, à portée de main et inépuisable est celui que nous offre l’univers. De l’infiniment grand à l’infiniment petit; de la plus minuscule des étoiles aux poissons phosphorescents des fonds océaniques […] Le monde ruisselle de surprises que nous n’aurons jamais fini d’admirer ».

Photo de Magda Ehlers sur Pexels.com

« Les moments rares et intenses que nous offre cet émoi sont semblables à des étoiles filantes dont la beauté est un cadeau furtif que nous offre la vie ».

« Tout sur terre nous interpelle, nous hèle,mais si finement que nous passons mille fois sans rien voir. Nous marchons sur des joyaux sans les voir ». (citation de Christiane Singer).

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« Et puis il y a aussi l’émerveillement suscité par des « miracles » ordinaires: conjugaison au même moment de facteurs improbables, qui fait advenir l’inespéré ».

« L’émerveillement surgit dès que nous acquiesçons de toutes nos forces à ce qui est, sans pour autant que l’ego prenne toute la place. Nous pourrions alors contempler tout bonnement le paysage époustouflant qui s’offre à nous, au lieu de se servir de ce paysage comme la toile de fond de notre nouveau selfie. Tant de fois nous préférons nous mettre en scène en des lieux insolites ou en compagnie de célébrités afin de montrer combien notre vie est formidable. Mais ces clichés seront-ils le souvenir d’une authentique rencontre, ou reflèteront-ils seulement le désir un peu vain de nous mettre en avant par tous les moyens? Notre découverte de la planète aujourd’hui ne se fait trop souvent qu’au travers de nos tablettes et téléphones. Nous ne prenons plus le temps de savourer le panorama et n’assistons plus vraiment aux évènements: nous les filmons! Et dans cette virtualité qui s’instaure, notre rapport au monde change et prend une désolante distance. »

« Qu’est-ce au fond que l’émerveillement, si ce n’est être vivant? Or, être vivant est un élan amoureux. Comme l’amour, l’émerveillement se rencontre donc en toutes saisons, par tous les temps, de jour comme de nuit, dans la joie comme dans l’épreuve. Certes il est des moments plus ardus qui nous masquent l’avenir et stoppent net nos projets. Mais il restera toujours ce regard amoureux qui pose sur les personnes et les situations une lumière bienfaisante et inespérée. Avec recul et lucidité, nous ferons mémoire des meilleurs moments comme des plus éprouvants, les baignant du même amour puisque chacun d’eux nous a nourris et façonnés, d’une manière ou d’une autre ».

« L’émerveillé n’est pas quelqu’un qui cherche du sensationnel partout, mais quelqu’un qui laisse la beauté du monde et des êtres rejoindre et bousculer sa vie.[…] L’émerveillement est donc ce ravissement pouvant se déployer à tout moment, quel que soit l’âge et les circonstances de la vie: il faut savoir le sauvegarder précieusement en chaque période de l’existence ».

« Créer, c’est exister ». Le livre de Valérie Belmokhtar, aux Editions Pyramid.

 Voici un manifeste résolument optimiste qui invite chacun à laisser entrer la création artistique dans sa vie… Si vous avez envie de vous mettre sérieusement à une pratique artistique quelle qu’elle soit, mais que vous ne parvenez pas à vous y mettre, pour des milliers de raisons, ce livre est fait pour vous.

Ce que j’en retiens…content

-Où trouver la matière première de l’inspiration?: La vie de chacun de nous est une expérience unique… « Depuis l’enfance, vous avez emmagasiné des images et une expérience de vie qui vous sont propres.Tous vos sens ont expérimenté des évènements et des sensations particulières, qui sont les vôtres. C’est ce qui fait votre richesse et votre singularité, et c’est aussi ce qui constitue la matière dans laquelle vous pourrez puiser votre inspiration. »

-« Pour être créatif, il faut renouer avec l’enfant que vous avez été. Un enfant crée sans peur et sans inhibition. Il teste et expérimente au gré de ses envies. C’est cette liberté d’action qu’il faut retrouver ».

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-Nourrir son « enfant intérieur », c’est:

– Être curieux et ouvert au monde extérieur comme à son monde intérieur.

– Vous intéresser au monde de l’art en général (textiles, arts plastiques, design, architecture,décoration intérieure).

– Lire, écouter de la musique, voir des films, des spectacles (lorsque cela sera possible!…), voyager (lorsque cela sera possible aussi!!!…Et oui; ce livre a été écrit avant l’arrivée « très remarquée » de la Covid 19 dans nos vies!… ), se promener, marcher dans la nature, faire du sport…

-Quelle que soit notre pratique artistique, l’auteur nous conseille de pratiquer d’autres activités créatives. « Cela pourra vous apporter de nouvelles pistes, nourrir votre créativité et votre univers personnel. Dansez, jouez d’un instrument, écrivez des histoires, lisez, sculptez, brodez, faites de la céramique… Tout peut alimenter votre travail! ».

 – Accueillir les nouvelles idées qui surgissent sans jugement et sans auto-critique. Le perfectionnisme n’a pas sa place dans la création: c’est un ennemi à fuir.

  – Créez librement, sans arrière pensée et sans projection du résultat. Si vous pratiquez le dessin, autorisez-vous à sortir du dessin d’observation pour aller vers le dessin d’imagination.

-Un conseil: Toujours avoir un carnet sur soi. « Observez le monde un crayon à la main, afin de consigner vos observations, noter les idées qui traversent votre esprit. Votre carnet deviendra pour vous une source d’inspiration indispensable. »

« Un artiste doit être une personne curieuse, toujours à la recherche de sources d’inspiration différentes et personnelles. En effet, on trouve aujourd’hui des images sur Internet qui font le tour du monde. Internet ne doit pas constituer la seule source d’inspiration, sinon, nous finirons tous par créer la même chose, par suivre les mêmes tendances mondiales formatées, ce qui constituerait un tarissement terrible de la créativité ».

-Le choix des thèmes que vous traitez dans vos créations est essentiel. Vous devez aborder des thèmes qui vous plaisent et vous intéressent personnellement. Au fur et à mesure de votre pratique, vous développerez des affinités avec certains sujets, et cela définira votre style personnel.

-Il y a un chapitre consacré aux bienfaits de la tenue de carnets de voyages. Ils nous incitent à nous poser, à regarder pleinement ce que l’on a devant les yeux. Lorsqu’on dessine quelque chose, on est obligé de l’observer dans le détail… Dans une profonde concentration… Et cela procure un sentiment de bien-être inestimable.

A défaut de pouvoir voyager en ce moment, il vous est permis de découvrir que « le voyage intérieur dans votre monde sensible et personnel participe également à l’émergence de votre création singulière. Trouver sa voie, c’est avant tout parvenir à exprimer ce que l’on est intérieurement, être proche de son ressenti et de ses sensations, sans à-priori. Il est très important d’arriver à vous écouter, à ressentir et à prendre le temps de savoir ce qui se passe en vous, sans jugement.[…] Pour mieux vous connaitre, tenez un carnet personnel, et consignez-y chaque jour vos idées, vos envies, vos œuvres préférées et vos découvertes« . (Pour cela, apprenez également à vous couper du monde en laissant votre portable et les réseaux sociaux de côté).

L’auteur nous donne une autre astuce efficace pour enclencher le processus créatif: mettre de la musique et écouter vos morceaux favoris peut vous porter pour commencer à créer. La musique peut-être très inspirante pour commencer une production.

Après un chapitre sur l’inspiration, Valérie Belmokhtar aborde également dans son livre, le sujet de la formation, des cours en ligne, des tutoriels destinés à nous aider à nourrir et à mûrir notre pratique artistique, et termine sur un chapitre concernant la diffusion éventuelle de nos créations. Plein de conseils, donc, pour vous aider à nourrir votre créativité.

En guise de conclusion:«  L’art et la création vous accompagneront toujours, dans les moments joyeux comme dans les moments difficiles. Ils vous aideront et pourront même jouer le rôle de thérapie ou d’aide psychologique. C’est une bouée anti-naufrage dans la vie, un atout précieux pour traverser l’existence. Créer, c’est donner une dimension supplémentaire à sa vie ».

« Eloge de la solitude » de Véronique Aïache, aux éditions Flammarion.

Confinement: deuxième acte!…

Moins strict que le premier (avec l’ouverture des écoles)… donc vraisemblablement beaucoup moins efficace sur l’évolution de la pandémie… Cette période extrêmement perturbée risque donc de se prolonger. Alors il ne faut pas perdre courage et s’organiser pour l’affronter le mieux possible.

Les personnes seules (je m’adresse spécifiquement à vous, tout en étant consciente qu’on peut se sentir très seul même au sein d’un couple… Mais c’est un autre sujet!…), les personnes seules, donc, vont avoir à gérer à nouveau une période de solitude plus importante. Après la lecture du livre « L’esprit de solitude », de Jacqueline Kelen, sur lequel j’ai écris un article le mois dernier, je viens de lire un autre livre sur le sujet, que j’ai trouvé plutôt réconfortant. « Eloge de la solitude » de Véronique Aiache, chez Flammarion.

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.Le sujet de la solitude y est abordé sous un angle moins philosophique, mais plus « pratique » et dans un style gai et très positif. « La solitude, comprenez celle qui va et vient dans les existences, ne reflète pas forcément le désert de l’âme. Au contraire, quand elle entre dans une vie même sans y être invitée, elle peut enrichir au lieu de blesser. »Alors, nous y sommes!… Les solitaires vont sans doute être encore plus seuls que d’habitude. Ce livre vous fournira pleins d’idées pour mettre à profit ces moments de solitude.

Et « ce n’est pas un hasard si depuis tellement longtemps, tant de penseurs la chérissent et la réclament comme le salut de leur identité. Des solitaires de Port Royal aux retraites de Bouddha, des promeneurs rousseauistes aux chamans amérindiens, des philosophes de la Grèce antique aux artistes de la Renaissance, combien ont-ils été à aller puiser dans la solitude le meilleur d’eux-mêmes? De tous temps et dans toutes les cultures, combien ont choisi de s’isoler pour mieux créer, se trouver ou accéder aux savoirs? C’est en effet de cela qu’il s’agit dans l’art d’être seul: un recueillement du corps et de l’esprit, capable d’ouvrir toutes les consciences sur le monde qui nous entoure. »

« Si c’est au sein du groupe que l’individu se réalise, c’est aussi à l’extérieur du groupe qu’il parvient à s’identifier. C’est en étant seul de temps en temps qu’il trouve sa juste place parmi les autres. Trouver en soi les réponses aux questions que l’on se pose. Prendre conscience des reliefs de son identité pour mieux profiter de tous ses potentiels. Goûter aux plaisirs d’agir librement, se découvrir des forces insoupçonnées, se défaire des interdits ou encore, réussir à se réaliser sans dépendre du bon vouloir de l’autre. […]

Aussi agréable puisse-t-elle être, la compagnie-dans le sens le plus large du terme- oblige forcément à se soumettre. Ou plus exactement, elle prive au quotidien d’un tas de petits choix. A commencer par celui de vivre à son rythme, sans se soucier des impératifs des uns et des autres. Être seul permet de nous réapproprier- du moins partiellement- ce que les autres nous prennent en masse ».

Pour Véronique Aïache, la solitude:

Libère la pression : elle permet de reprendre son souffle.

Ouvre le champ des possibles : elle donne du piment à la vie en ouvrant en grand ses portes à l’inattendu et à l’improvisation.

Elle permet d’être vrai : « qui n’a jamais fait semblant au moins une fois dans sa vie? Qui n’a jamais dit quelque chose, en pensant le contraire, sourit en ayant envie de pleurer ou fait preuve d’amabilité en ravalant sa colère? Avouons-le: au nom des convenances et du savoir-vivre social, nous sommes tous tenus de composer à un moment ou à un autre, pour éviter un conflit ou tenir le rôle qui nous est attribué » (et là, je sais que beaucoup d’entre vous se reconnaitront)- . »C’est en cela que la solitude permet d’être vrai, d’être soi, et non le personnage que les autres veulent voir. Ni le corps ni l’esprit n’ont besoin de fards lorsqu’ils n’ont pas de témoins. »

Elle rend authentique : »plus la peur de la solitude motive pour créer des liens, plus ces liens fragiles renverront au sentiment de solitude par leur absence de profondeur ».

Elle adoucit les chagrins : »D’aucuns peuvent voir en la solitude une aire de repos pour l’esprit, sur laquelle il est bon de s’arrêter de temps en temps lorsque l’on trace à toute allure sur l’autoroute de la vie. D’autres puisent dans la tranquillité qui l’accompagne la source de leur inspiration. Les uns la chérissent pour le vent de liberté qu’elle souffle sur leur quotidien[..] Et puis il y a ceux qui la considèrent comme un lieu de convalescence, comme un endroit abrité où les peines de cœur et de l’esprit se soignent ».

Elle réveille les potentiels : »lorsqu’il s’agit de résoudre un problème ou de sortir d’une impasse, être seul oblige à aller chercher en soi l’aide que l’on a l’habitude de trouver chez les autres. On constate que plus on parvient à se débrouiller par soi-même, plus on gagne en confiance en soi ».

Elle dégage l’horizon existentiel : »S’extraire de temps en temps de son cercle proche permet de voir ce qui se passe au delà. Autrement dit, être seul permet de ne pas se restreindre à la volonté d’autrui et d’élargir ses perspectives ».

Elle apprend l’indépendance affective : »En amitié comme en amour, nous attendons souvent que les êtres qui nous sont chers agissent à notre égard comme nous le faisons pour eux. De cette attente souvent insatisfaite, nait la douleur de la déception. A trop espérer de l’autre, nous oublions au passage que les valeurs qui nous animent ne sont pas les mêmes chez tout le monde. Selon le philosophe William James, la manière la plus simple d’être heureux, consiste à se libérer de cette attente. Réussir à aimer l’autre aussi librement que sereinement, oblige à cultiver son autonomie. De la même façon que la solitude apprend à ne compter que sur soi pour se sortir d’un mauvais pas, elle enseigne aussi à puiser en soi les sources de bonheur ».

Elle développe la réflexion : »Il n’y a pas meilleur outil que la solitude pour se mettre au service de la réflexion et du dialogue intérieur ».

-Elle booste l’ennui productif : » Pour créer, innover, inventer, il est important de pouvoir entendre les mots que chuchotent les pensées. C’est en effet au plus profond de soi que dorment les idées. C’est au fond de soi qu’il faut aller chercher les joyaux de notre matière grise. Et pour réussir à se concentrer pleinement sur son monde intérieur, il faut commencer par accepter de se déconnecter complètement du monde extérieur. L’essentiel est d’être seul avec ses pensées pour les laisser s’exprimer, et de ne pas craindre l’ennui si les idées tardent à venir. Car l’ennui a des effets bénéfiques sur le cerveau. S’il n’y a pas de stimulus autour de soi, le cerveau le crée en soi« .

Elle sacralise le silence : »Les recherches scientifiques ont mis en lumière les effets positifs du silence sur le cerveau. Elles ont prouvé qu’il suffit de deux heures de silence continu par jour pour lui permettre de se régénérer, et même de stimuler les zones dont dépendent l’apprentissage, la concentration et la mémorisation. Le silence est une denrée rare dans le quotidien; il faut donc aller le chercher dans les moments de solitude. »

Elle procure un sentiment de liberté « Que l’on soit en couple ou avec des amis, le compromis est inévitable, si l’on souhaite mettre tout le monde d’accord. Il est toujours question d’accorder son violon au diapason de la majorité ».

Cet article n’a pas pour vocation de vous détourner définitivement de toute vie sociale, ni de prôner l’égoïsme d’une vie vécue uniquement pour soi-même. On a besoin les uns des autres, socialement, matériellement et surtout affectivement. D’ailleurs, « De sa nature initiale, l’être humain a gardé au fond de lui le besoin de clan et la crainte d’en être exclu. Depuis l’aube des temps, il est resté celui qui imbrique son destin à celui des autres pour se sentir exister et donner un sens à ce qu’il fait comme à ce qu’il est ». Voilà pourquoi tant de gens souffrent aujourd’hui d’être privés de contacts. Le but de cet article est juste d’attirer l’attention de ceux d’entre vous qui ne supportent pas de devoir s’isoler, sur les avantages non négligeables de ces moments de solitude qui se profilent à nouveau dans nos vies… Et que nous avons tout intérêt à en faire quelque chose de positif. Ne perdons pas de vue que ces moments si particuliers seront, malgré tout, des moments riches d’enseignements.

Un livre très intéressant pour ceux qui craignent viscéralement la solitude. Et aussi pour ceux qui l’apprécient sans bien savoir pourquoi, et sans être conscients de tous les bienfaits qu’ils peuvent éventuellement en tirer!…

Allez, Bon courage à tous!… Restez prudents!… Et prenez bien soin de vous!…

« L’esprit de solitude »: extraits du livre de Jacqueline Kelen.

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« Solitaire je suis… »

« Solitaire comme un défi à la banalité, comme un refus de se résigner. Solitaire pour continuer à m’aventurer ».

« Notre époque, friande de grand public et de rassemblements, parle très peu de cette conduite de vie solitaire qui favorise la réflexion et affermit l’indépendance, de cette solitude belle et courageuse, riche et rayonnante, que pratiquèrent tant de sages, d’artistes, de saints et de philosophes. »

« Le solitaire sait qu’il a beaucoup à apprendre. Il lit, écoute, réfléchit, mûrit ses pensées comme ses sentiments. »

« Dès qu’on a le goût de l’intelligence, la passion de l’étude, on se retrouve immanquablement seul. Dès que l’on a soif de nouveau, d’originalité, on s’éloigne de la collectivité humaine, des gros remous et des menus plaisirs du monde. On se tourne vers soi, vers le silence et vers les livres. Vers tous ceux qui, avant nous, ont pensé. »

« Vivre solitaire demeure la seule façon de ne pas se compromettre, de sauvegarder son irréductible étrangeté et d’accéder à ce qui ne périt pas. »

« Les uns vivent en couple dès qu’ils quittent leurs parents, les autres se précipitent dans des aventures toujours décevantes, d’autres sortent sans arrêt pour rencontrer quelqu’un, en fait pour ne pas se retrouver seul; tous, à leur manière, croient briser ou conjurer leur solitude, mais ce besoin des autres, ce besoin d’être à deux va aggraver plus encore leur sentiment d’isolement. Bien-sûr, tout l’environnement social, les joyeuses familles et les couples satisfaits sont là pour asséner à l’individu qu’être seul, c’est vivre mal, c’est vivre à moitié. Peu rétorquent qu’à vivre toujours ensemble, on devient l’ombre de soi-même. »

« A vivre en groupe continument, un homme régresse dans sa vie émotionnelle, intellectuelle et spirituelle. C’est pourquoi dès que quelqu’un, même un enfant, veut réfléchir ou faire le point sur une situation, il se met à l’écart.C’est que l’intelligence va seule et qu’elle s’accroît d’autant plus qu’elle ne se laisse pas troubler par les manifestations, les modes et les préjugés de la foule. »

« Personne ne nous apprend à être seul. Au contraire, toute éducation, qu’elle soit dispensée par la famille ou à l’école, vise à ne jamais laisser l’enfant dans le silence, face à lui-même: on l’oblige à jouer avec ses camarades, à faire partie d’une équipe sportive, bref à « communiquer » et à s’intégrer, ces deux poncifs tyranniques de la société contemporaine. Plus tard, il voyagera en groupe ou au moins avec quelqu’un. Très vite aussi, s’il ne choisit pas de s’incruster chez ses parents, il se mettra en ménage ou bien se mariera puisqu’on lui a appris que l’homme ne doit pas rester seul. Dépossédé de lui-même, l’être humain devient nécessairement dépendant des autres. On appellera cela l’esprit de famille, la camaraderie, le sens de la communauté. De fait, ce sont tous ces dispositifs sociaux qui empêchent l’individu de demeurer seul, qui l’empêchent d’être autonome et de penser par lui-même. Ainsi, dans le monde moderne contemporain, l’être humain ne vit jamais avec soi. Tout est programmé pour égayer ou briser ses rares moments de silence et de solitude. (et cela est encore plus évident avec l’envahissement exponentiel des réseaux sociaux). Lorsque cet homme affrontera des ruptures sentimentales, des deuils ou tout simplement s’il se retrouve au chômage ou à la retraite, il s’épouvantera et perdra pied; depuis qu’il est né, on lui a fait croire que sans les autres il n’est rien, il ne sert à rien. »

« Le célibat désigne un état civil. La solitude est un état d’esprit. On veut la faire passer pour une malédiction alors qu’elle est le sceau de notre nature humaine, sa chance d’accomplissement. »

« La solitude s’avère toujours féconde voire heureuse pour qui l’honore au lieu de la fuir. »

« Pour devenir soi et devenir quelque peu libre, il faut lâcher le recours permanent à l’autre, au regard de l’autre. Marcher seul. »

« Ceux qui ne l’ont pas goûtée qualifient volontiers la solitude de vie égoïste. Mais les vrais solitaires y savourent des moments d’exaltation intérieure et de multiples joies, des bonheurs infimes à longue résonance. Dans le jardin bruissant de la solitude, l’attention aux choses est le maître mot: la fleur que l’on contemple et que l’on frôle, le baiser envoyé aux nuages, le salut aux oiseaux. Le livre qu’on hume et qu’on entrouvre n’est plus une marchandise, un produit fait de carton et de papier, il est craquant de vie, de mots et de secrets. Plus rien n’est ordinaire, tout devient très précieux-un insecte, une brindille, une pierre, une rafale de vent. Dans la solitude, je redécouvre l’émouvante fragilité des choses ».

« Être solitaire, tel un diamant étincelant, c’est:

Être unique, singulier,

-Être rassemblé, unifié, un, entier,

-Être libre et disponible, garant de son existence,

-Être capable d’aimer sans accaparer ou nuire,

-Être ouvert à tout le monde vivant, se sentir relié, fraterniser avec toute la création,

-Se verticaliser, se spiritualiser, s’approcher de la solitude divine voire se fondre en elle ».

« Il y a en chacun de vous une solitude qui est ce que vous avez de plus précieux. Une solitude inaliénable, magnifique, qui est la solitude même de l’esprit ».

Toutes ces phrases sont extraites du livre qui m’ accompagne en ce moment: « l’esprit de solitude » de Jacqueline Kelen, publié en 2005 chez Albin Michel.

Le propos de ce livre fait beaucoup réfléchir, surtout en cette période où tant de gens se plaignent de souffrir d’isolement, et encore plus depuis qu’il nous est demandé de « limiter » nos contacts sociaux. Un empêchement qui semble plonger certains dans des angoisses insurmontables… Jacqueline Kelen exprime son point de vue. On peut ne pas être d’accord d’emblée avec ses propos, mais elle a le mérite de déranger toutes nos idées toutes faites et de nous faire entrevoir certains de nos conditionnements. Pourquoi avons-nous tendance à fuir la solitude et le silence par tous les moyens possibles. De quoi avons-nous peur? Pourquoi cherchons-nous si souvent à nous divertir, à sortir, à nous étourdir le plus souvent possible de moments festifs, à être toujours entouré? Pourquoi avons-nous si peur de rester seuls avec nous-mêmes?..

Jacqueline Kelen nous encourage à découvrir les bienfaits d’une vie solitaire… Bien-sûr, dés le début du livre, elle dégage le paysage et précise qu’elle ne parle pas de la solitude malheureuse , celle des êtres hautains qui méprisent les autres, ni celle des plaintifs et des dépressifs perpétuels, qui passent leur temps à médire et à maugréer, ni la solitude des égocentriques qui s’isolent et font le vide autour d’eux. Pas de cette solitude qui enferme, rétrécit et conduit au ressassement et à la désespérance. Non: ce qu’elle évoque dans son livre, c’est la belle solitude. Celle qui est à la fois remplie et légère, celle qui, au final, ouvre et relie. Elle déplore que, dans nos sociétés, à force de vouloir combattre toutes les formes d’isolement, on aura toujours tendance à « soigner  » tout sentiment de solitude comme s’il sagissait d’une maladie. Il serait dommage de vouloir s’en guérir ou s’en débarrasser complètement, parce que ce sentiment « signe en nous la conscience humaine: une conscience qui s’élève au dessus des conditions et des besoins de survie élémentaire et qui envisage, la mort, le destin et le sens de la vie ». « Accepter ce sentiment de solitude (que tout être humain a forcément déjà ressenti dans sa vie) et l’étudier au fond de soi, équivaut à aller explorer les frontières de l’humain, à imaginer, à inventer, à accéder à nos ressources insoupçonnées, et à nos énergies endormies. Une solitude qui peut être poignante et douloureuse, mais qui mène à la liberté et à la souveraineté de soi »;

Un livre réconfortant et très intéressant pour les gens qui vivent déjà seuls (ils y découvriront tout ce que leur solitude-choisie ou non- peut leur apporter intellectuellement, émotionnellement et spirituellement)… Mais un livre particulièrement questionnant, sans doute, pour tous les autres…

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« S’émerveiller »… Le très bon livre de Belinda Cannone sur le sujet de l’émerveillement.

Je suis une « émerveillée » de nature. C’est comme ça depuis que je suis toute petite. Disposition naturelle… Ou génétique… Ou aptitude acquise, grâce à l’éducation… (Mon père était aussi un contemplatif et un rêveur… Il attirait toujours mon attention sur les belles choses)… Ou acquise grâce à mon métier d’hôtesse de l’air, qui m’a permis de sillonner le monde et de découvrir tant de merveilles? Ou peut-être un peu tout ça à la fois…

La pandémie de Covid 19 et le confinement qui a suivi m’ont donné l’occasion de réaliser de manière encore plus vive, l’importance de préserver ses facultés d’émerveillement, pour traverser plus sereinement l’étrange période que nous vivons. Et, plus généralement, pour vivre une vie plus riche et plus intense…

Je me suis donc organisé une sorte de « retraite post-confinement », pour réfléchir à tout ça, et pour cela, j’avais besoin de trois choses essentielles:

  • Un endroit en pleine nature. Un endroit calme où l’air est pur… où je n’aurai qu’à passer la porte pour être au milieu des champs et des arbres et pour marcher autant que j’en aurai besoin. Un endroit silencieux pour écouter juste le chant des oiseaux, les nuages qui passent et le bruit de l’herbe sous mes pas… (La campagne m’a tellement manqué pendant le confinement. Hors de question d’avoir à passer cette rentrée en région parisienne! Trop flippant à mon goût! Trop de monde! trop de bruit! trop de pollution!…). J’ai la chance inouïe de pouvoir le faire, alors je le fais et je savoure…
  • J’avais bien-sûr également besoin de mon matériel de dessin, pour mes incontournables carnets créatifs. Dessiner les choses est le meilleur moyen qu’on ait trouvé pour observer profondément. Et la contemplation est une forme de méditation vraiment très efficace… Et tellement agréable!…

-Enfin, j’avais besoin d’une sélection de livres à savourer sur le sujet de l’émerveillement et de la beauté de la nature. Ces sujets qui me passionnent tant.

Ah! Et puis j’avais quand même aussi besoin de mon ordinateur… Pour écrire!… Une autre de mes activités favorites… Et pour la rédaction des articles de ce blog, dont je vous rappelle le sujet de base, depuis sa création en 2017: « cultiver ses facultés d’émerveillement »…

Et aujourd’hui, j’aimerais vous parler d’un de ces livres, dont je viens de terminer la lecture. Il s’agit du livre de Belinda Cannone, qui s’intitule « S’émerveiller ». L’auteur introduit son livre comme ceci:

« J’étais comme toujours émerveillée par les objets et les paysages simples qui m’entouraient, sentant que dans les années à venir, atteindre la concentration indispensable pour vivre plus continûment dans un état de vigilance poétique serait ma grande affaire, car seules cette concentration et cette vigilance permettent de ressentir pleinement la puissance de l’existence, des lieux et de la joie. Je décidais d’écrire un essai où j’explorerais ce travail intérieur qui permet d’ouvrir assez les yeux sur le monde pour en percevoir toute la beauté.

Très consciente du fait que le monde va souvent mal, et face à sa déception, parfois, face à la nature humaine, Belinda Cannone écrit:

« J’ai toujours déploré que le XXème siècle se soit à ce point complu dans le négatif […]? Cela ne m’a pourtant jamais empêchée de percevoir la beauté et d’accueillir la joie, quand elle venait, en dépit de l’inquiétude ». A méditer, par les temps qui courent!…

« L’émerveillement résulte du regard désirant posé sur le monde […]. Parce que le monde est fait pour nous, il recèle ce que notre désir sait y convoquer. Un hasard n’est souvent qu’une vigilance inconsciente. »

« Le désir général de vivre, comme celui, plus aigu, d’aimer, est une réponse à l’enténèbrement. Soudain se présente sous nos yeux une chose, un paysage, une personne (qu’on ne savait pas attendre) et dont on réalise qu’il correspond pourtant à un désir; inimaginé, inespéré, et cependant accordé au plus secret, connivent. Cet écart -l’objet est inattendu mais mystérieusement ajusté- est la condition (la définition) de l’émerveillement dont on peut dire, en ce sens, qu’il n’est jamais ce qu’on cherche mais ce qui survient.« 

« Je sais que le retrait dans la solitude des champs est la situation propice à la concentration et donc à l’ émerveillement.

« Tous les hommes ont vécu cette expérience du regard levé vers la voûte étoilée. Quel sentiment nous étreint alors? L’émerveillement devant l’immensité de l’univers, l’immuabilité du ciel, la sensation d’un temps qui nous précède et nous suivra ».

« S’émerveiller, c’est d’abord saisir la présence des choses et des êtres ».

« Les circonstances de la vie ordinaire sont de nature à contrarier notre capacité d’émerveillement et c’est pourquoi la solitude, souvent, accroit les chances de l’éprouver. Faire taire les bruits et l’agitation du monde pour se rassembler en soi, se concentrer. »…

Et c’est ce que je fais dans cette « retraite » si particulière, au sein de cette nature si calme et si paisible…

« L’émerveillement est une foudre délicate qui s’inscrit fugitivement au ciel- pauvre écrivain qui prétendrait la fixer! ». Et pourtant, Belinda Cannone le fait très bien!

« Ils (les oiseaux qui pépient) manifestaient la joie d’être en vie, de se répandre dans le ciel vaste, de faire courir leurs trilles selon les mille lignes de fuite qui nous relient à l’univers, de sentir l’existence, c’est-à-dire l’énergie pure du désir. Les oiseaux venaient de lui rappeler la possibilité d’éprouver le désir de vivre. L’émerveillement n’est-il pas, à travers l’expérience déroutante (qui nous fait sortir de notre route) de la beauté, le rappel de notre intime relation avec le monde et le profond assentiment au fait simple d’être vivant?« 

Tout est dit ici… Et de la plus belle façon. J’ai vraiment beaucoup aimé le style d’écriture, et la manière dont certains sujets sont abordés.

Lecture vivement conseillée+++