Le syndrome de la cabane.

ça y est!… Je pense avoir mis un nom sur ce que je ressens:

Je suis atteinte du « syndrome de la cabane »…

Qu’est-ce donc? me demanderez-vous… On commence à entendre parler de ce phénomène post-confinement dans les médias .

Dans cette période incertaine, où le danger reste bien présent partout, le domicile apparait comme un refuge, un havre de paix dans lequel on se sent plus en sécurité qu’ailleurs. Lorsqu’on vit un long moment, seule, chez soi, isolée mais protégée, comme cela a été le cas pendant cette période de confinement dû à la pandémie de Covid 19, il peut arriver que certaines personnes n’aient plus très envie de ressortir du cadre rassurant de leur domicile, même lorsqu’elles en ont le droit, parce qu’elles se sentent plus sereines chez elles, à l’abri. C’est le « syndrome de la cabane »… Apparemment, beaucoup de gens  sont atteints de ce syndrome en ce moment, et ressentent cette envie de rester planqués tranquillement chez eux, même après le déconfinement!… Surtout après! Ressortir vite pour retrouver la fébrilité de sa vie d’avant, n’est pas forcément la priorité de tout le monde…

Certains diront que c’est à cause de la peur du virus. Bien-sûr, on ne va pas se le cacher, c’est la raison essentielle. Cette « saloperie » (car c’en est une…) circule toujours, surtout en Ile de France. Et oui, lorsqu’on connait personnellement des victimes qui ont vraiment été « sonnées » par cette maladie sournoise aux ravages inconnus et dévastateurs, il est normal d’essayer d’éviter de l’attraper. Lorsqu’on sort, on croise encore tellement de gens inconséquents (ou inconscients?) qui touchent à tout dans les supermarchés, qui ne portent pas de masque et continuent à répandre allègrement leurs miasmes partout… Il y a de quoi être inquiet. On nous dit qu’il va falloir apprendre à vivre avec le virus… Certes…

Je veux bien essayer, mais doucement… Car en même temps, on nous incite à ne rien changer à nos modes de vie, notre consumérisme, nos habitudes, et tout est fait pour que tout le monde recommence très vite à dépenser son argent dans les magasins, réserve vite ses vacances pour sauver le secteur touristique. Les facultés d’adaptation des hommes sont parfois étonnantes, et pour inciter les vacanciers à venir sur les plages, des techniciens travaillent activement sur l’installation de blocs de plexiglas sur le sable (Si si!  il y en a qui l’envisagent!… partir en vacances! coûte que coûte! Quelles que soient les conditions!…) Est-ce que « apprendre à vivre avec le virus », implique ce genre de chose? Sincèrement, je ne suis pas très tentée… Je peux comprendre le désarroi des commerçants ( oui, sincèrement, je le comprends) et cette envie folle des français de partir en vacances, ( et Dieu sait combien la France est belle et combien je l’aime!). J’ai beaucoup d’empathie pour les êtres humains, dont je fais partie… Pauvres créatures que nous sommes, empêtrés dans nos contradictions. Nous voulons sincèrement sauver la terre mais nous avons tant de mal à changer nos habitudes de vie, à élever notre conscience, alternant maladroitement des gestes de fraternité parfois si touchants et les manifestations incorrigibles d’un individualisme jamais bien loin… Cette pandémie est pourtant un avertissement. La nature humaine n’en tient pas compte, ou si peu, trop préoccupée qu’elle est à reprendre très vite ses activités habituelles, à retrouver ses repaires…

Mais la peur du virus, et les moyens désarmants et peu attirants envisagés pour « vivre avec le virus » ne sont  pas les seules raisons de rechigner à ressortir.

Il peut y avoir plein d’autres motifs de prolonger une sorte de semi-confinement. Certains ont trouvé dans cette curieuse période l’occasion de faire les choses différemment, de découvrir les bons côtés du télé-travail, par exemple, ou l’envie de consommer de manière plus responsable, de bricoler chez eux pour améliorer leur habitat, d’avancer sur des projets qu’ils avaient depuis longtemps et qu’ils remettaient toujours à plus tard, de trouver du temps pour créer… Le moment est venu pour beaucoup de s’engager dans de nouveaux défis. De se remettre en question. De déplacer ses priorités. Certains ont pu partager des moments de complicité avec leur compagnon, leurs enfants et sentent que passer plus de temps en famille est devenu plus important qu’user toute leur énergie dans leur travail… D’autres au contraire, ont pris la décision de se séparer… De donner un coup de pied dans la fourmilière. Ce moment de repli sur nos vies personnelles a parfois provoqué des changement de cap, de priorités… Ou pas.

De mon côté,  j’ai traversé seule ce confinement, et j’ai fait l’expérience de longs moments de solitude, et d’ introspection.  Il y a dans la vie des moments pleins, des moments intenses où les expériences s’enchainent à un rythme parfois démentiel… On court d’une activité à l’autre… Pourquoi cette fébrilité continuelle? Pourquoi cherchons-nous absolument à « remplir » notre temps? Bien-sûr, certains étaient obligés de continuer à travailler, parfois la peur au ventre.  Je les ai trouvé extrêmement courageux. Ne travaillant plus, j’ai trouvé un certain charme à ces instants de calme imposés par la situation. Et quelques bons côtés à l’absence de sollicitations extérieures continuelles… J’ai découvert l’intérêt de faire un peu de place à l’ennui. L’ennui fait  partie de la vie. Pourquoi, dans nos sociétés occidentales modernes, cherche-t-on à l’éviter à tout prix? La peur de descendre dans nos profondeurs, sans doute… Ces moments sont pourtant riches d’enseignements. En tous cas, c’est la sensation que j’ai eue.

Pas immédiatement… C’est vrai… Le premier mois, comme beaucoup de gens, j’étais trop désarçonnée par le cataclysme brutal qu’a été l’extension fulgurante de cette pandémie, pour être capable d’envisager quoi que ce soit de positif à cette situation. J’étais juste profondément triste parce que j’avais l’impression que le destin me volait quelque chose… Des semaines, des mois, des années? Du temps de vie, en tous cas. Un temps qui passe déjà si vite, trop vite!… Mais à quoi bon se révolter? Peu à peu, au fil des semaines, je me suis calmée… puis posée… Enfin, j’ai accepté les choses telles qu’elles sont… Puis j’ai doucement (très doucement!) commencé à trouver quelques bons côtés à ce confinement. Un peu ceux d’une retraite spirituelle…

Retrouver du temps pour entrer en soi-même, d’abord Pour faire le point sur sa vie, et le tri entre ce qui est important, et ce qui l’est moins. Et je sais que je ne suis pas la seule à avoir utilisé cette période figée pour beaucoup réfléchir à ce qui se passait en moi. Contrairement à beaucoup de gens, ce n’est pas la vie sociale qui m’a manqué le plus. (même si je suis très attachée à mes amis, et notamment  à mes camarades danseurs, avec lesquels j’ai partagé tant de moments de bonheur). Non, ce qui m’a manqué le plus, c’est le contact avec la nature. Un manque viscéral que j’ai ressenti au plus profond de mes tripes, et plus intensément que jamais. Quelque chose d’animal, de presque violent, qui m’a fait comprendre à quel point la proximité avec les éléments naturels devait dorénavant devenir  une priorité dans ma vie. Je sais que beaucoup de gens ont ressenti cela, surtout en région parisienne. J’aurais tellement préféré vivre cette période de confinement (et de déconfinement!) dans un « chez moi » à la campagne, au milieu des arbres ou avec une vue -même lointaine- sur la mer… en communion avec la nature, amie fidèle et confidente indéfectible des âmes solitaires…

Puis Il y a eu ce plaisir renouvelé de la lecture… Replonger dans de bons gros bouquins pleins de belles et grandes histoires m’a littéralement permis de m’évader, m’a réconforté tout en douceur, et m’a reboostée en me remettant sur les rails de mes envies (d’écrire, entre autres…). Certains romans ont pour décors des paysages sauvages, des lieux de rêve, ou des sites naturels décrits de si belle façon que vous avez l’impression d’y être transporté instantanément… Ce sont des moments d’évasion incomparables! On suit les aventures d’autres êtres humains de toutes sortes, vivant à des époques différentes de la nôtre, mais partageant les mêmes préoccupations que les nôtres, finalement, les mêmes peines, les mêmes rêves et on se sent tout à coup si proches d’eux… Et puis il y a les romans philosophiques, qui sont d’un grand soutien émotionnel. Découvrir les idées de grands auteurs, dans le calme de la nuit, entrer en résonance avec les grands penseurs du passé, ou du présent, s’inspirer d’eux, de leur philosophie de vie, blottie sous la couette, au chaud, la tête calée aux creux de trois oreillers douillets, en sachant qu’on a toute la nuit devant nous, si on a envie… Franchement: c’était bien !…

Autre bon côté: l’absence de sollicitations extérieures perpétuelles m’a permis de dégager beaucoup plus de temps pour écrire.  L’écriture est une pratique difficile, même lorsqu’on prétend aimer ça!… C’est un véritable travail. Il est  extrêmement facile de trouver toutes sortes d’excuses pour ne pas s’y mettre. Le confinement m’a retiré ces mauvaise excuses... Et m’a obligé à m’engager dans cet espace-temps consacré à l’écriture. Mes lectures m’ont inspirée… La période que nous traversons est par ailleurs une expérience de vie particulièrement riche en émotions de toutes sortes … Une véritable tempête intérieure, faite d’une succession  de sentiments exacerbés: de la tristesse due à tous les  empêchements, les renoncements, de la peur, de la déception, du découragement, de l’impatience, de la compassion, des doutes, de l’empathie, des questionnements. Bref… Les montagnes russes!… Et tout ceci constitue un terreau extraordinaire pour y puiser de la matière littéraire, de l’inspiration, des idées… Alors j’ai beaucoup écrit, et j’ai envie de continuer à le faire; et parce que ça, au moins, je peux le faire sans sortir… D’habitude, j’aime partir à la campagne pour écrire au contact de la nature. Et si je suis honnête avec moi-même, lorsque j’y suis, je passe beaucoup plus de temps à arpenter les champs et les forêts qu’à écrire!…  Cet été, de toutes façons,  je crois qu’il va être très compliqué de trouver des endroits calmes et tranquilles… Alors il est urgent d’attendre, et de patienter… Et ma retraite spirituelle à domicile risque de se prolonger, encore un peu… Mais mon envie d’écrire est relancée pour de bon…

Quoi qu’il en soit pour chacun d’entre vous, victimes du « syndrome de la cabane » ou pas… Bon courage à tous, pour ce « déconfinement progressif »!… … Et, zones rouges ou zones vertes, surtout, restez humbles et prudents!!!…La bestiole est toujours là… Pour le moment… l’épidémie finira bien par s’arrêter un jour… C’est l’impermanence de toutes choses… Il faut juste essayer d’être patient, malgré l’envie de vivre, plus forte que tout.

 

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